"Rencontre avec Christine Montalbetti", Sainte-Cécile les Vignes (05/05/17)

Publié le par Emmanuelle Caminade

"Rencontre avec Christine Montalbetti", Sainte-Cécile les Vignes (05/05/17)

            @Jean-Paul Tresvaux

 

Invitée par le café littéraire de Sainte-Célcile les Vignes, Christine Montalbeltti est venue y présenter son dernier roman La vie est faite de toutes petites choses, répondant aux questions d'Amandine Roussin.

 

LE CHOIX DU SUJET

Le choix d'un sujet centré sur un vol spatial, domaine à priori très technique, fit suite à la commande d'une nouvelle par le CNES (Centre National d'Etudes Spatiales) pour sa revue Espace(s) dont la démarche favorise la création littéraire et plastique à partir de l'univers spatial. L'écriture de cette nouvelle l'incita à réunir une importante documentation et c'est ainsi qu'elle s'intéressa à cet ultime vol de la navette américaine Atlantis, touchée par cette dernière mission mettant terme à une grande aventure. Et, alors que sa nouvelle se déroulait uniquement au sol, elle eut envie de poursuivre, de raconter et de décrire la vie des astronautes à l'intérieur de la navette, puis de la station spatiale internationale.

 

UN PARTI-PRIS D'EXACTITUDE

Le parti-pris d'exactitude et d'exhaustivité de ce roman où tous les faits relatés et les paroles dites sont vrais jusque dans leurs moindres détails est venu d'abord du constat, après avoir commencé à tenter en vain d'inventer le décor de la cabine, que cela ne fonctionnait pas. De la nécessité aussi de respecter des événements s'inscrivant dans l'histoire et des personnages existant réellement. Mais il y avait également chez l'auteure le désir de transmettre cette fascination éprouvée face à la foule de documents amateurs ou professionnels - audiovisuels essentiellement - qu'elle avait récoltés sur le net. De "transmettre ce vertige" qui l'avait envahie.

C'est aussi une façon pour elle de s'emparer d'un univers étranger, d'écrire sur d'autres paysages en se saisissant notamment d'un vocabulaire scientifique porteur de cet univers. Et "tenir la règle", cette contrainte austère, ne l'a pas empêchée d'introduire de la fantaisie en apportant son propre regard, de construire une structure et une stratégie romanesques et de déployer une écriture qui lui est propre.

 

DU DOCUMENTAIRE AU ROMAN

Ce roman se distingue donc totalement d'un documentaire car il ne transcrit pas seulement une réalité objective, il porte un autre regard sur l'espace permettant d'interroger notre rapport au monde – ce que résume assez bien son "titre un peu provocateur" pour traiter d'une aventure spatiale.

L'attention aux sensations, à la matérialité des choses est centrale dans les romans de Christine Montalbetti et tout ce qui touchait à cette aventure spatiale impliquait une "reconfiguration des habitudes matérielles", de notre rapport aux objets et aux corps, ce qui ne pouvait que la séduire. Dans l'espace, le rapport aux objets est en effet très méticuleux ce qui nous amène à repenser notre rapport aux objets sur terre et notre rapport au monde avec une plus grande acuité et une légèreté nouvelle. De même, l'image du corps flottant dans l'espace devient très lyrique. Et ces corps dans l'espace ont quelque chose de présent mais de souple, d'indécis, d'éthéré comme les personnages de romans, ce qui favorise l'identification (c'est pourquoi d'ailleurs elle veille à ne pas donner de visage à ses personnages). On retrouve ainsi à son sens dans l'impesanteur le "régime de la lecture".

Christine Montalbetti joue énormément sur la variété des cadrages, privilégiant notamment certains aspects mineurs en zoomant sur les détails. Il y a quelque chose d'assez cinématographique dans sa façon de décrire les différentes scènes et, sans doute, a-t-elle un peu été influencée par le nombre impressionnant d'images visionnées, ce qui l'a incitée à faire des sortes de montages. Elle a de plus une prédilection dans la vie pour certains angles de vue, adore voir défiler les paysages dans un train comme dans une sorte de travelling...

Elle impulse au texte son rythme, alternant les plans dans une sorte de chorégraphie fluide et mouvante, balayant une scène ou s'arrêtant sur un détail, dilatant le temps dans des digressions et entretenant le suspense. Elle apporte aussi une tonalité humoristique pour traiter notamment de sentiments forts de manière légère, aimant mêler l'humour – donnant une ampleur comique à certaines scènes vraies des plus quotidiennes (comme celle de Sandra retrouvant ses chaussettes), au langage scientifique et aux expressions familières, et nous offrant ça et là de belles métaphores. Et elle dote cet univers en noir et blanc de l'espace de multiples touches de couleurs déclinées dans de subtiles nuances, cet "effet pictural" traduisant avec poésie une certaine nostalgie de la terre.

 

CONSTRUIRE UNE RELATION PRIVILEGIEE AVEC LE LECTEUR

Comme dans tous ses romans Christine Montalbetti parle constamment au lecteur, s'adressant à lui ( dans un "tu" ou un "vous" de proximité) ou l'associant à elle (dans un "nous")  créant une relation privilégiée avec lui, le faisant dialoguer avec son "je". Car, comme en contre-partie, ce narrateur se dédoublant sans cesse avec l'auteure évoque aussi quelques petites choses la concernant personnellement. La présence de cette dernière est ainsi à la fois ponctuelle et diffuse dans ce roman dont curieusement tous les acteurs son vrais : narrateur/auteure, personnages et lecteur. Un lecteur que l'auteure semble associer à la fabrique de son roman mais aussi à son questionnement sur l'écriture.

Une écriture qui entretient un rapport au passé, à la trace (ici au travers de l'histoire de cette dernière navette spatiale), tout en célébrant l'instant, en accueillant les choses simples d'un présent vivant. Une écriture qui travaille ensemble avec beaucoup de légèreté la nostalgie et l'humour.

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Publié dans Interview - rencontre

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