"Una storia quasi solo d'amore" de Paolo Di Paolo

Publié le par Emmanuelle Caminade

"Una storia quasi solo d'amore" de Paolo Di Paolo

Un soir d’octobre 2012, Nino, 23 ans, engage la conversation avec Teresa, une trentenaire travaillant dans une agence de voyage, devant un théâtre de Rome. Tout juste diplômé et rentré de Londres, ce jeune acteur qui a accepté le poste proposé par son ancienne professeure Grazia, la tante de Teresa, y donne des cours de théâtre à des personnes âgées. Les deux jeunes-gens seront amenés à se revoir et à développer une relation amoureuse intense qui changera leur vie, ou du moins leur regard sur le monde. A découvrir surtout leur propre vérité au-delà de cette "zone théâtrale" dans laquelle s’inscrit chacun de leur geste, chacune de leur expression ou de leur prononciation...

Même si le miracle de cette infime coïncidence spatio-temporelle qu’est la rencontre de Nino et de Teresa s’avère central, le dernier roman de Paolo Di Paolo, comme l’indique son titre, raconte bien plus qu’une simple histoire d’amour entre un garçon ironique et rebelle aimant plaire et une fille belle et souriante mais "distante et fermée comme un mystère". C'est une histoire de croissance personnelle, de quête d'authenticité se réalisant au travers d'un amour incarnant cet élan de curiosité qui, au-delà des certitudes et des préjugés, pousse vers l’autre, vers l’inconnu, et fait avancer. L'amour en effet "est un courant qui creuse l'étrangeté et la transforme en confiance", qui réunit des univers différents. Et cette histoire s'enrichit de plus  de toute une polyphonie théâtrale.

Una storia quasi solo d’amore ("Une histoire presque seulement d’amour") peut ainsi s’entendre comme l’histoire de notre relation à l’autre, aux autres, et au monde. Une histoire qui se déroule dans le milieu du théâtre, intégrant des exercices théâtraux et la pièce des Fausses confidences de Marivaux (1), cette "comédie des équivoques" que fait répéter Nino à ses vieux acteurs amateurs. Une histoire qui se joue plus largement sur le grand théâtre de la vie, posant la vaste question du langage et de la communication, de  la vérité et de l’apparence, car nous ne vivons pas seuls dans un désert et sommes tous "un spectacle pour quelqu’un d’autre". Une approche de la vérité que le geste théâtral facilite sans doute, car nécessitant une prise de conscience plus forte que dans la vie où l’on bénéficie de moins de recul sur la teneur de ses actes et de ses paroles.
1)  Pièce dans laquelle le langage, celui des mots et celui des corps et des coeurs, reflète l’ambiguïté entre l’être et le paraître


Et le fait que le jeune-homme noue une relation amoureuse avec une jeune-fille légèrement plus âgée que lui, comme celui qu’il enseigne à des retraités, permet à l’auteur de confronter les générations, de s’interroger sur le rapport au temps, sur l’aptitude à vivre pleinement le présent. Sept ans d’écart différencient en effet quelque peu la perception du monde de Nino qui s’affirme totalement un enfant de son époque, de celle de Teresa qui, tout comme la ville de Rome, semble appartenir à deux mondes dont l’un semble en voie de disparition. Tandis que dans l’illusion de la scène, le temps élargit son carcan, les vieux élèves de Nino pouvant puiser dans leur passé pour revivre leur jeunesse. Des vieux qui n’attendent plus rien de la vie, qui n'ont plus d’ambition, plus de futur, ce qui paradoxalement leur confère une certaine légèreté - cette légèreté que chacun des deux héros  recherche à sa manière : Nino dans l'ironie et Teresa dans la religion.

 

Les Fausses Confidences de Marivaux, mise en scène Luc Bondy

Paolo Di Paolo renouvelle le genre de l’histoire d’amour grâce à une forme très travaillée et fortement porteuse de sens, jouant de la construction et de la perspective narrative de manière époustouflante.
Le roman se divise en trois parties, chacune étant introduite par une épigraphe éclairante. Des parties de longueur décroissante
(2) fragmentées en une multitude de courtes sections, dont le rythme immuable s’accélère semblant épouser l'évolution de notre perception de l’écoulement des jours, de notre perception du temps. Et ces multiples sections rompent étonnamment (à l’exception de la première introductive) les codes de présentation typographique, leur texte, comme aspiré vers le haut, se pressant au ras du haut de page surplombant l’inconnu du blanc final. Une mise en page changeant la vision d’ensemble d’un texte dont les lambeaux, comme aimantés, affleurent ainsi à la surface.

2) 104 pages pour la première partie, 51 pages pour la seconde et 11 pages pour la dernière


La narration au passé est placée sous la permanence tutellaire du regard de Grazia, la vieille tante, bien qu'elle soit amenée physiquement à disparaître. Une personne pleine d’expérience mais aussi d’une sorte de grâce (comme son nom l’indique) dont le regard vient de loin, et une narratrice omnisciente qui multiplie les points de vue tant extérieurs qu’intérieurs, tournant autour de Nino et de Teresa mais aussi d’elle-même et s’enfonçant dans leur psyché comme dans la sienne.
D'une écriture virevoltante, la narratrice passe ainsi sans cesse du "je" au "vous" ou au "tu" de l’adresse et à la troisième personne des commentaires, tout en intégrant avec fluidité les dialogues avec les uns ou les autres, les consignes des exercices théâtraux et même les répliques des Fausses confidences, mêlant sans cesse le théâtre et la vie en faisant se démultiplier les personnages dans un récit choral.
Seul le début de la partie centrale, échange serré entre les deux héros s’apparentant presque à un interrogatoire, est directement placée sous le regard du lecteur/spectateur, manière de  théâtraliser ce moment brut mais inadéquat de communication que Grazia s’attachera ensuite à analyser et interpréter pour tenter de faire émerger, à force de conditionnels, une vérité parallèle sous l’apparence : un espace de non-dit sous-tendant chaque réplique.

Et dans la troisième partie la narratrice quitte le théâtre des vivants, continuant de suivre ses protégés et de les accompagner de ses meilleurs souhaits.

"Eravate bellissimi !" / "Vous étiez magnifiques !"

Comme l’indique l’incipit où Grazia s’adresse à ses jeunes élèves pleins d’avenir, dont son préféré Nino,  -  incipit repris sur la fin mais s’adressant alors au jeune couple amoureux formé par Nino et Teresa  pour qui s’ouvre un nouvel horizon -, ce roman résonne comme une déclaration d’amour à la jeunesse et à la liberté, à cette vie que l’on a devant soi et qui est notre bien le plus précieux. C'est un chant d’amour face au spectacle de la vie qui, dans la bouche de Grazia, prend tout son sens.

 

 

 

 

Una storia quasi solo d’amore, Paolo Di Paolo, Feltrinelli, mars 2016, 176 p.


 

 

Presque une histoire d’amour, traduit de l’italien par Renaud Temperini, Belfond, mars 2018

 

A propos de l'auteur :

https://www.babelio.com/auteur/Paolo-Di-Paolo/272732

https://it.wikipedia.org/wiki/Paolo_Di_Paolo

 

 

EXTRAITS :

 

In ogni infanzia, a quei tempi, svettavano
ancora le zie… Come fate che esercitano il
lori influsso su un’intera vallata senza mai
scendervi.

WALTER BENJAMIN


p.11/12

Eravate bellissimi. Sopratutto verso sera, sfiniti dall’ultimo tentativo di ripetere la stessa battuta. Con rabbia, dicevo, con più rabbia. Solo allora andavate a pescarla dov’era giusto, in fondo, in un posto buio tra fegato e stomaco che non c’entrava più niente con la recitazione, ma con voi sì, con voi uno per uno, e con le giornate storte, le umiliazioni, i genitori, i fidanzati, l’esercito degli stronzi in genere. La vostra vita. Veniva fuori - graffiata o stridula, da lontano - come doveva essere : anche dalla bocca di chi solitamente sbagliava tutto, di chi non sarebbe mai stato un attore - ed era  chiaramente la maggior parte di voi.
Tutta la bellezza stava nello sforzo e nell’illusione, nelle vostre schiene sudate, nel sudore stesso che evaporava, rendendo quella sala intima come un spogliatoio : cio che dall’inizio volevo che fosse. Il passato e il futuro erano, per voi, ipotesi prive di fondamento, inopportune come certe madri apprensive che vi aspettavano fuori. Avrebbero chiesto, prima ancora di mettere in moto, com’era andata. Il tono stupido con cui lo si chiede dopo una prova qualunque. E in fondo sì, lo era. Erano anzi, come si dice a teatro, le prove. Di che cosa? Di altre, avrei detto, possibilità di essere. L’enfasi ridicola delle miei lezioni ! Comunque : la possibilità di slegarsi dalle abitudini, di diventare, secondo i casi, più infantili più adulti. (…)

 

Tutti giù per lo scivolo
come damnati ucelli liberi
PHILIP LARKIN


p.107/108


Ti piace il tuo lavoro?
E un intervista, Nino ? Mi stai facendo un intervista ?
Sì. Diciamo che è un intervista ?
Non lo so se mi piace, il lavoro che faccio. E capitato. Penso sempre che c’è di peggio, molto di peggio che organizzare viaggi a gente che non ha imparato a farlo da sé. Ma vorrei cambiare.
Perché?
Per cambiare. Perché mi va di cambiare.
E cosa ti piacerebbe fare ?
Non lo so, ma qualcosa che a fine giornata mi dia la sensazione di - che mi faccia sentire soddisfatta.
A fine giornata non lo sei ?
Non per il lavoro in sé. Insomma, se vedo una copia contenta per il viaggio di nozze che ha scelto, sì, certo,  questo sì, mi fa piacere. Ma dopo avere stampato il ventesimo biglietto ferroviario mi spengo. E penso ad altro.
Tutti pensano ad altro mentre lavorano.
Vuol dire che si annoiano. Io non voglio annoiarmi.

Non ti piace, non ti mette allegria nominare tante città del mondo, immaginare viaggi ?
Sì, in questo sono imbattibile. Immagino sempre, immagino tutto. Ogni tanto mi volto, e guardo la carta geografica che ho alle spalle. E penso : chissà cosa succede laggiù, in questo instante. Tu non ci pensi mai ?
(…)

E tutto, anche le foglie che crescono,
anche i figli che nascono,
tutto, finalmente, senza futuro.

GIOVANNI RABONI

 

p. 159/160


E andata così. Se avrò tempo. Ogni altro pensiero ha preso a oscillare tra due frasi. E andata così. Se avrò tempo. C’erano molte cose da dire, da dirci. Ma facevo sempre più fatica a parlare. Stava per mancarmi la vita : trovavo spesso insopportabile l’altrui. I pensieri cattivi lavoravano nella mente, tirannici come la malattia. Mi uscivano di colpo, senza controllo. Offensivi e ricattatori. E tu mi parli di questo, mi ero sorpresa a dire a un’amica venuta a trovarmi. Stava organizzando un viaggio. Lo dicevo per distrarti, si era giustificata. Aveva abbassato gli occhi. Restavo sola, mi calmavo. Avrei voluto telefonarle. Ciao. Ciao Silvana, e scusa. E cosi per tutti gli altri, cosi per ogni cosa. Ciao gente che ho chiamato amica. Ciao glorioso teste di cazzo che continuerete a vivere. Ma poi le visite, le analisi, le terapie - tutto allenta, rinvia, confonde. Il punto del congedo si sposta. Appare, scompare. Ricompare più lontano di un mese, di un anno. Si riavvicina. Non dà tempo per il teatro. Ciao pioggia sui finestrini dei treni regionali. Perché poi arrivano i valori segnati su un foglio. I medici con le loro profezie. La prima cosa che sembrava già un ricordo era il gusto del cibo. Dopo giorni di sole flebo - era fine aprile, la luce fuori riusciva a forzare i vetri schermati della stanza - avevo addentato una mela… Il palato si era come svegliato. Il miracolo di una lingue che sente. Marmellata, pomodoro, pane fresco. A Teresa era sembrato un segno di ripresa. Avevo sorriso. Era un’illusione. Ciao telefonini che seguiterete a squillare. (…)

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