"Cuntruversa di Valdu Nieddu", de Marcu Biancarelli

Publié le par Emmanuelle Caminade

 

cuntruversa cuprendula

 

Cuntruversa di Valdu Nieddu (Controverse de Valdu Nieddu), pièce de théâtre écrite en 2006 - en langue corse pour l'essentiel (1) - vient d'être traduite en français et publiée en version bilingue. Dans l'abondante et éclectique production littéraire de Marcu Biancarelli, elle se situe entre son premier roman  51 Pegasi Astru virtuale  (2003) et son troisième recueil de nouvelles Stremu meridianu ( 2007), à la fin d'une période où l'auteur s'est surtout consacré à la renaissance d'une revue culturelle corse, A Pian d'Avretu.

 

1) Sur les 13 scènes que comporte la pièce, 9 sont écrites en corse et 4 en français ( avec quelques répliques en corse pour l'une d'entre elles)

 

On dit souvent qu'un écrivain écrit toujours le même livre , ce qui semble assez vrai pour Marcu Biancarelli, un auteur engagé, rebelle, qui rend compte de son temps au travers d'un ancrage très local et dans une langue peu parlée - et encore moins écrite.

Il aime en effet prendre pour héros un écrivain raté en proie à ses démons intérieurs qui peine à trouver sa place dans la société corse et, plus largement, dans la société moderne actuelle dont elle est devenue le reflet. Et ses fictions illustrent en général une double crise, existentielle et identitaire, individuelle et collective, dans un jeu de miroir entre le héros, la Corse et le monde. Un héros écrivain (2) un peu schizophrène dont la valeur suprême est la liberté, ce qui l'empêche d'établir un rapport confiant à l'autre et notamment aux femmes avec lesquelles on ne pourrait s'inscrire que dans le même rapport de soumission ou de domination qui régit les relations entre les peuples, entre les hommes...

Même héros et mêmes thématiques donc, mais sous des angles variés accentuant, développant un aspect ou un autre, et dans des genres littéraires différents.

 

2) Un héros écrivain empruntant quelques traits à l'auteur qui a manifestement plaisir à entretenir une certaine confusion ...

 

 

Cuntruversa di Valdu Nieddu frappe d'abord par son titre qui renvoie avec humour à La controverse de Valladolid (3) de Jean-Claude Carrière dont la version théâtrale a été rendue populaire par une magnifique adaptation à la télévision. Une pièce qui reprend un débat historico-théologique sur l'humanité des Indiens engagé à l'époque de la conquête espagnole en s'interrogeant justement sur le rapport à l'autre et la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes. Texte se terminant de manière ambivalente puisque la décision finale du légat pontifical reconnaissant la dignité des Indiens en semblant se ranger à l'humanisme de l'évêque du Mexique , suggère de déporter les Africains vers les Amériques pour ne pas porter un coup fatal à la colonisation, ouvrant ainsi la voie à leur réduction en esclavage.

Et l'on est ainsi d'emblée amené à se demander si les Corses ne sont pas les Indiens ou les Noirs de la France.

 

3) http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Controverse_de_Valladolid

 

Marcu Biancarelli aborde aussi la violence - prise comme argument de l'inhumanité des Indiens (4) comme de la "sauvagerie" des Corses - qui est au coeur de cette controverse dont il élargit le champ en reliant le problème du sexisme et du machisme à celui du racisme et de la domination des peuples. Et il s'attaque moins à l'ordre établi des Sociétés colonisatrices qu'à celui de la Corse colonisée, à celui d' une société désormais anesthésiée par la «téléréalité» et corrompue par le tourisme marchand. Un ordre établi qu'il entend bien détruire par la provocation d'un comique s'appuyant sur une langue orale familière et utilisant la sexualité comme une arme.

Il prend ainsi le contre-pied du ton sérieux et austère et de l'argumentation précise, subtile et nuancée de la pièce de Jean-Claude Carrière, préférant , comme Ionesco, "grossir les ficelles de l'illusion théâtrale". Et il opte pour une dérision tirée vers le burlesque empruntant beaucoup, semble-t-il, à la célèbre lecture de La cantatrice chauve (5) de Jean-Luc Lagarce (6), un "enfant de la télévision" (s'inspirant des séries américaines et des feuilletons) qui amplifia la dénonciation du conformisme bourgeois en le ridiculisant dans une mise en scène iconoclaste emplie de joyeux décalages et de clins d'oeil et introduisant même des troubles de la personnalité dans les personnages. Avec son fameux «tuyau jaune», Marcu Biancarelli renvoie ainsi explicitement dès la scène 2 à ce jeune dramaturge prématurément disparu, une citation qu'il confirme à la scène 8 avec l'apparition incongrue d'une cantatrice venant chanter un air populaire de Giovanni Paisiello (7), le compositeur favori de Napoléon !

 

4) Les sacrifices humains pratiqués par les Indiens étaient pour les Espagnols de l'époque un signe manifeste de leur absence d'humanité

 

5) http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Cantatrice_chauve

 

6) http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Luc_Lagarce

 

7) http://fr.wikipedia.org/wiki/Giovanni_Paisiello

 

L'idée de départ de la pièce est assez simple.

Toussaint, un écrivain sans succès de quarante ans vivant depuis plusieurs années avec Christine – d'où une certaine lassitude perceptible - est en panne d'écriture. De libido aussi - les deux semblant aller de pair - puisqu'il doit recourir à des pilules aphrodisiaques. Il n'arrive pas à terminer la nouvelle qu'il a promise à une revue littéraire dans laquelle il s'est investi, situation d'autant plus déprimante que c'est visiblement l'écriture qui lui permet de vivre, d'affronter l'existence. Face à sa page blanche, son esprit vagabonde...

Tourmenté par ses désirs et ses révoltes, par ses contradictions, ses fêlures et ses complexes qu'il a du mal à assumer personnellement, il se livre à l'auto-analyse et à l'auto-critique en dressant avec auto-dérision une sorte de bilan de sa vie, de son écriture et de son couple. S'abandonnant aux rêveries et aux délires de son imagination, mêlant figures historiques et littéraires aux personnes proches de son histoire, il finit par sombrer dans une grave confusion identitaire en instruisant une sorte de procès à charge et à décharge qui devient vite tout autant celui de son peuple que le sien.

 

Pour donner une forme théâtrale au monologue intérieur de son héros et mettre en scène ses réflexions, ses interrogations et ses divagations, Marcu Biancarelli joue à fond sur cette confusion identitaire en introduisant une multiplicité de personnages judicieusement choisis qui vont incarner les obsessions, les manques ou les fantasmes du héros, et il veille au mélange des époques, source de décalages aux effets assez comiques. Il réunit ces personnages de manière fantaisiste, les faisant débattre avec son héros ou avec un de ses doubles dans quatre scènes consacrées chacune à une controverse. Et le "procès" se prolonge et se complexifie dans les autres scènes si l'on voit dans le psychiatre conduisant la thérapie de Toussaint la voix intérieure du héros et dans Sandra, la compagne officieuse un peu nymphomane, un double de Christine aux vertus stimulantes.

Du fait même de son prénom, ce héros déjà enclin aux dédoublements est entouré de l'aura de Toussaint Louverture (8) qui s'illustra dans la révolte des esclaves de Saint-Domingue puis s'opposa courageusement au rétablissement de l'esclavage par Bonaparte. Il s'identifie également fortement à Santu (Toussaint en français) Casanova(9) , écrivain fondateur du premier journal en langue corse qui lutta pour la reconnaissance du corse comme langue à part entière – et non comme simple variante orale de l'italien - et résista à l'acculturation française. Un exemple, un modèle évoquant par son patronyme un autre Casanova (10) adepte, lui, d'une liberté sexuelle qui est loin de lui déplaire. Il se mue enfin, moins glorieusement mais en prenant soin de retourner la situation, en Sampiero Corso (11) s'en prenant à sa jeune femme Vannina ( semblant elle-même un autre avatar de Christine ). Et, à ces multiples dédoublements s'ajoute une nette confusion entre le "je" et le "nous", entre l'individuel et le collectif qui apparaît dès les premières répliques de la scène initiale, Toussaint ayant profondément intériorisé le destin de son peuple et cherchant à se défausser sur lui de sa responsabilité.

 

8) http://fr.wikipedia.org/wiki/Toussaint_Louverture

 

9) http://fr.wikipedia.org/wiki/Santu_Casanova

 

10) http://fr.wikipedia.org/wiki/Giacomo_Casanova

 

11) http://fr.wikipedia.org/wiki/Sampiero_Corso

 

Ce parti-pris habile de l'auteur impulse beaucoup de vie à un texte qui sinon aurait été trop statique et la richesse de ce tissage renvoyant des échos à l'infini constitue pour moi l'atout majeur de la pièce. Je ferai toutefois quelques minimes réserves sur la cohérence des quatre controverses au plan de leur appellation. Seules deux d'entre elles sont en effet à proprement parler des débats, la seconde s'apparentant plutôt à un pastiche rejouant, sous l'emprise d'un même Iago dominateur et raciste, la scène d'Othello et Desdémone dans une version corse sado-maso plutôt décapante. Quant à la dernière où le héros, désemparé, affronte le fantôme de son père - clin d'oeil évident à Hamlet - elle s'articule au départ sur la violence du père mais se transforme rapidement en une double confession et même en une dernière et pathétique demande de soutien et de conseil. Le héros semblant avoir cruellement besoin des encouragements de ce père - figure majeure ayant également donné naissance à l'écrivain  – en cette période de doute sur son écriture.

 

 

Malgré ses qualités évidentes, j'ai été déçue par cette pièce comique se voulant, semble-t-il, explosive car ses deux «bombes» principales - la familiarité d'une langue très orale combinée à de constantes références à la sexualité - ne fonctionnent pas toujours. L'écriture n'atteint pas à mon sens la force corrosive du précédent ouvrage de l'auteur. Sans doute la langue théâtrale qui ne bénéficie pas du souffle apporté par le roman a-t-elle besoin d'être plus resserrée, plus dépouillée, pour atteindre cette puissance. Or ce n'est pas le cas, les dialogues, écrits dans une langue très relâchée, manquent souvent de rythme et d'intensité et l'écriture me semble moins mature que dans 51 Pegasi, astre virtuel, plus proche du côté potache de Prighjuneri, le premier recueil de nouvelles de l'auteur (2000).

Pourtant, la première scène commence plutôt bien avec des répliques rebondissant sur des jeux de mots (12) et des tirades assez percutantes maniant souvent  le paradoxe (13) mais, dans l'ensemble, il y a peu de recherche verbale, l'auteur se répète parfois (14) ou même se laisse aller à la facilité d'un comique "gentillet" d'écolier (15). Quant aux allusions et aux passages «cochons» , ils sont peu inspirés, plus convenus que provocateurs. Et je trouve vraiment dommage que l'écriture ne soit pas à la mesure de l'imagination déployée par Marcu Biancarelli.


Une pièce intéressante donc mais inaboutie à laquelle ceux qui connaissent les livres postérieurs de l'auteur trouveront un intérêt supplémentaire. Murtoriu, son dernier roman dont la traduction Ballade des innocents est en attente d'édition, un roman à l'écriture simple mais intense, reprend en effet la thématique de la crise et du bilan développée dans Cuntruversu di Valdu Nieddu, mais de manière magistrale et avec un héros visiblement mûri. Et on se dit que l'auteur a fini par suivre les conseils donnés inutilement à son héros Toussaint par Christine et surtout par son père puisqu'il écrit désormais des textes «constructifs» et, d'une certaine manière, «des histoires d'amour» même si elles sont avant tout des histoires d'amitié.

 

12) jouant sur la polysémie ( bombe, cocktail..) ou les rapprochements sonores ( artiste/ autiste)

 

13) « ... plutôt que de terroriser les autres j'ai choisi de me terroriser tout seul» ; « ...lorsque je voulais mettre des bombes , c'était pour sauver le monde, et lorsque je me suis mis à écrire, c'était pour le détruire.»

 

14) La plaisanterie sur la «carte de Sardaigne» est reprise deux fois, et elle avait déjà été utilisée dans 51 Pegasi (nouvelle pour moi, elle m'avait alors fait rire...)

 

15) «mon chou/ chou-croute/ hibou, chou, caillou... » ou le célèbre acteur «Christian Glaviot» !


 

 

bis 

Cuntruversa di Valdu Neddiu, Marcu Biancarelli, édition bilingue  ( traduit du corse par Paul Desanti ),  Matteria Scritta, février 2012, 180 p.


On peut commander le livre à la librairie Point de rencontre, Montée Sainte Claire 20200 Bastia (tél: 0495312310)

(mail : librairiepointderencontre@orange.fr )

 


 

A propos de l'auteur :

 

http://marcubiancarelli.blogspot.com/2010/10/propos-de-lauteur.html

 


 

 

 

 

EXTRAIT :


 

Scène 1, p. 20/22/24

Toussaint l'écrivain, le docteur

 

La scène commence avec un monologue ; Toussaint est étendu sur une banquette et parle. Le décor est plongé dans l'obscurité.


Toussaint : Vous me voyez comme ça et vous vous dites : ce type, quelle force ! Besoin de personne. Il suffit de se mettre un peu à l'écart, il vous pond un texte extraordinaire ... C'est un écrivain. Il pren,d du recul, regarde la société. Il la voit vivre. Ensuite, il lui suffit de faire l'éponge pour ressortir tout ce que nous sommes, avec ce sens de l'analyse, ce regard juste et intelligent, cette pertinence d'un grand créateur . En réalité, c'est plus compliqué. Je ne sais même pas ce que je compte dire et en plus, en plus... Je ne sais même pas à quoi cette société ressemble. Je ne me suis pas retiré parce que je devais écrire, et méditer, et trouver l'inspiration, et analyser de loin cette société : je me suis retiré parce que, mes agneaux, pour moi, il n'y avait aucune place dans cette société.

 

La lumière s'allume sur le docteur, assis sur un fauteuil. On comprend que nous sommes en pleine analyse.


Le docteur : Ca commence bien. Tout est peint en noir. Pessimisme généralisé...


Toussaint : En bas, c'est le bordel. Une société qui n'a plus de sens, qui ne ressemble à rien. Ils disent que, pour vivre, l'on doit faire du tourisme. Selon une théorie américaine, chaque peuple a une destinée manifeste. Nous autres, notre destinée manifeste consiste à devenir le bordel de l'Europe. Devenir des commerçants, et des commerçants abrutis par dessus le marché ! Nous sommes sur la bonne voie. On ne fait pas plus crétins que nous, et parfaitement destinés à devenir des objets touristiques.

Le docteur : C'est un progrès, mon cher. Dans la vie, il faut avancer. Autrefois n'est plus, vous vous en êtes rendu compte ?

 

Toussaint : Oui, je m'en suis rendu compte . Mais, cela dit, c'est mieux comme ça.Parce que lorsque nous ne faisons pas de tourisme, nous suçons l'Etat, nous vivons sous perfusion, de vraies puces, de vrais assistés. Je ne sais pas si nous sommes colonisés, je ne sais pas si nous sommes des esclaves : nous sommes plutôt des bourreaux. Parfois, nous nous colonisons nous_mêmes. A force de se remplir le crâne à coups de téléréalité, plus besoin du GIGN pour nous soumettre. Je ne crois pas que vous me compreniez ; je ne crois pas être clair, je mélange tout. Alors je me suis mis à l'écart, oui, je vis en marge, loin du gel dans les cheveux et de la musique techno. Je vis comme un autiste. Mais certains prétendent que je suis un artiste.


Le docteur : Oui mais bon, toujours cette idée de faire de la littérature...

 

Toussaint se relève. Il s'assoit. A partir de là , il commence le dialogue avec le docteur.

 

Toussaint : Tout juste ! Docteur, je suis un grand malade. C'est pas des blagues. Si je n'écrivais pas, je foutrais des bombes. Ca a été dur de choisir. Plutôt que de terroriser les autres j'ai choisi de me terroriser tout seul.Et puis je me suis dit que la seule chose que je voulais, c'était détruire le monde. Je l'ai attaqué avec deux ou trois livres. Mais je me suis rendu compte que le monde était plus dur que moi et je me suis isolé. C'était le monde qui me terrorisait.


Le docteur : Vous vouliez le détruire ou vous vouliez le sauver ?

 

Toussaint regarde le docteur, il ne sait pas quoi répondre.

 

Le docteur : Non mais... Vous dites comme ça : j'ai choisi d'écrire plutôt que de mettre des bombes . Cela signifie que vous avez choisi de créer, non de détruire.

 

Toussaint : Vous voulez connaître le paradoxe ?

 

Le docteur : Ah oui : il y a toujours un paradoxe. Dites-moi.

 

Toussaint : Mon paradoxe personnel, le voilà : lorsque je voulais mettre des bombes, c'était pour sauver le monde, et lorsque je me suis mis à écrire, c'était pour le détruire.

 

Le docteur : Dans ce cas, vous avez fait le mauvais choix. Autant mettre des bombes. C'est plus efficace.

 

Toussaint : Pourquoi plus efficace ?

 

Le docteur : Parce que personne ne lit.

 

Toussaint ( qui s'affale à nouveau) C'est juste.(Il se relève à nouveau) Mais moi, c'est des bombes que j'écris !

 

Le docteur : Mais une bombe, mon cher, il faut que ça pète !

 

Toussaint : Les miennes pètent à retardement.

 

Le docteur : Le temps des révolutions est terminé. Un anarchiste, aujourd'hui, ça fait rire. Même d'être à gauche, ça fait rire. Les seuls qui ne fassent pas rire, ce sont les islamistes. Entre les bombes et la littérature, ils ont choisi les bombes. Eux sont efficaces.

 

Toussaint : Vous n'êtes pas un docteur. Vous voulez me tuer. Vous voudriez que je m'accroche à la taille une ceinture pleine d'explosifs et que j'aille me faire exploser en plein milieu d'une foule.

 

Le docteur : En plein milieu d'une foule quand même pas , mais ...

 

Toussaint : Où, alors ? Sur l'incudine ?

 

Le docteur : Non, mais dans un magasin de vêtements, par exemple...

 

Toussaint : Pas mal. C'est une idée. Bonne illustration de mes névroses d'écrivain réactionnaire.

 

Le docteur : Ou sur un bateau de la SNCM. Un jour où ils sont en grève, comme ça, pas de victimes

(...)

Publié dans Théâtre

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Renucci François-Xavier 11/04/2012 10:50


J'ai presque envie de pleurer de joie quand je lis l'échange entre la lectrice et l'auteur ! C'est beau ! C'est beau ! Un échange qui fait avancer la compréhension d'une oeuvre ! Pleurs de joie !


Plus sérieusement : merci pour les analyses et la discussion, il me semble que c'est la littérature qui y gagne. Je lirai cette pièce quand je pourrai, d'ici-là j'essaie de finir le "Pasquale
Paoli" de Guerrazzi (objet foutraque de 1860, qui suscite en moi à la fois enthousiasme et distance amusée).

Marco Biancarelli 06/04/2012 00:29


Merci Emmanuelle pour cette chronique, ainsi que pour le compte rendu de lecture sur le blog de François Xavier Renucci. J'aime la sincérité de votre critique, et même si elle ne m'est pas
favorable en tout point, loin de là, je la trouve honnête et juste. Je dirais même, cela peut surprendre, que je la partage. Pourtant, j'aime cette pièce, et j'aime ce texte, sinon je ne l'aurais
pas publié. Je l'aime même avec ses faiblesses, que je n'ai pas cherché à masquer, ni à la relecture ni durant les travaux de traduction avant édition, pourtant je suis comme vous, certains
passages aujourd'hui je ne les aurais pas écrits. Mais j'ai laissé les choses telles qu'elles avaient vécu, telles qu'elles avaient été portées sur scène. Par soucis d'honnêteté. Parce que la
pièce avait déjà eu son histoire, et que c'est justement cette histoire que je n'avais pas envie de réécrire. Les passages que j'aurais pu retoucher, ils ont fait rire en leur temps, et c'est
pour ça que, en concertation notamment avec Philippe Guerrini, qui avait mis la pièce en scène, et avait aussi joué le rôle du psy, c'est pour ça donc que nous les avons laissés tels quels, pour
respecter ce qui avait été, dans son autenticité, et dans son imperfection aussi. Ce livre, je le défends quand même, et de manière sérieuse. Il porte pour moi témoignage de ce qu'est mon
travail, de ses évolutions, et la pièce a tenu son rang au moment où elle était jouée. Il porte aussi témoignage de mes engagements, et si les choses évoluent vite - dans un sens ou dans l'autre
- au moment où la pièce existait sur scène ce burlesque a fait du bien à pas mal de personnes, a fait rire, a déridé ce qui en avait besoin, ou même a affronté, c'est vrai également, certaines
ambiances glacées que j'ai toujours en mémoire. Ne serait-ce que pour ça, je tenais à ce que le texte existe quelque part, qu'il puisse servir aussi - et toujours - de petite référence contre la
crispation dont la Corse est trop souvent victime, ou actrice, je sais pas comment il faut le dire. J'aime ce texte, donc, je me répète, aussi parce qu'il est - comme vous le dites justement -
potache et iconoclaste. C'était le but qu'il soit comme ça. Mais je comprends aussi que, dans un contexte élargi, pas mal de choses ne marchent pas, ou ne soient pas recevables. C'est le risque
d'une édition bilingue, mais tant pis. D'ailleurs vous avez noté des choses très positives auxquelles je n'avais même pas pensé, c'est vous dire si finalement ce livre peut avoir des finalités
que je n'attendais pas. Voilà, loin de moi un désir de justifier quoi que ce soit, mais comme votre blog, parmi d'autres, permet aussi ces échanges, je me suis permis d'y intervenir pour dire la
mienne. ça ne va pas du tout à l'encontre de votre belle chronique et même, peut-être, ça peut la compléter de quelques mots d'auteur. Encore merci pour ces échos.

Emmanuelle Caminade 06/04/2012 18:48



Merci pour ces précisions qui répondent à mes interrogations. Je ne comprenais pas en effet pourquoi vous n'aviez pas retravaillé l'écriture de cette pièce avant sa traduction.