"L'illégitime", de Carole Zalberg et Denis Deprez

Publié le par Emmanuelle Caminade

  lillegitimecouv

L'illégitime est un précieux petit livre, un livre miniature (1) à deux voix offrant au lecteur un court texte de Carole Zalberg enluminé d'aquarelles en pleine page de Denis Deprez.

Il nous raconte l'histoire d'une double rencontre amoureuse, l'histoire de l'attirance immédiate d'une toute jeune femme pour la Corse (à laquelle l'artiste belge donne un écho pictural) et pour un homme plus âgé à la lourde expérience.

1) Un livre au format 10cm x 15cm comportant 29 pages de texte entrecoupées de 8 aquarelles

C'est un récit à dominante manifestement autobiographique mais qui évite les écueils du genre. Car ni le héros, ni même cette héroïne «pleine d'enfance encore» – malgré l'emploi du "je" – ne sont encore en vie et l'auteure peut porter sur eux un regard apaisé, tendre et moqueur, adoptant distance critique et empathie comme pour des personnages de fiction. Et ce texte semble pour elle un moyen d'aller vers l'autre, de montrer la complexité de l'homme et de laisser trace d'une aventure déterminante  vécue dans «cette terre splendide et torturée».

 

L'écriture avance sans détours et vous emporte d'emblée dans son rythme. Une écriture moins lyrique et poétique que dans  L'invention du désir mais pleine de sérénité, d'authenticité et de fraîcheur, dont la sobriété s'adapte parfaitement à l'autobiographie.

Carole Zalberg sait, avec une grande économie de moyens et beaucoup de sincérité, trouver les mots simples qui sonnent juste et suggèrent de manière efficace sans qu'il soit besoin de s'appesantir.

Et les belles aquarelles de Denis Deprez (2) dont on admire la maîtrise des couleurs et des ombres, des lumières diffuses et du flou, rehaussent le climat à la fois sombre et chaleureux, intense et mystérieux dans lequel se déroule cette histoire. Des aquarelles qui, comme le texte, laissent place à l'imaginaire du lecteur.

 

L'illégitime est aussi le récit d'un «engagement corps et âme» prélude à un véritable enracinement. C'est une histoire de liberté et de racines donnant légitimité à l'amour.

De dérive en dérive les bois flottés entrevoient parfois l'amarrage possible avant d'arriver au port et Carole Zalberg, qui a dédicacé ostensiblement ce livre à son «ancre», ne se contente pas d'y remercier les vivants. L'illégitime me paraît aussi ériger un mini tombeau, un modeste tombeau sur «l'Ile» témoignant de sa gratitude.

2) http://carolezalberg.com/tag/denis-deprez/

 

 

carole zalberg 3

L'illégitime, Carole Zalberg,illustrations de  Denis Deprez, Editions naïve, collection Livre d'heures, avril 2012, 44 p.

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A propos de Carole Zalberg :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Carole_Zalberg

 

A propos de Denis Deprez :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Denis_Deprez

 

 

EXTRAITS :

 

p.20

 

                                                    Xavier-deprez.jpg

 

(...) Je crois que c'est en l'écoutant me raconter les pigments - rien ne pourrait plus faire disparaître les ravines de bleu sur ses larges mains -, en lisant le deuil qui fermait à demi ses paupières et le poussait à refuser le soleil dans sa maison, que j'ai commencé à cheminer vers le roman. Lorsqu'il s'agissait, en tous cas, de recueillir et de restituer les nuances de vie, je ne doutais pas que mes mots ne trahiraient rien.

    (...)

 

p.32/33

 

                                  Xavier-deprez-3.jpg

(...) Des gens , dans mon entourage, avaient bien cherché à m'alerter : cet homme dont on ne savait pas grand chose était dangereux. J'étais sourde. Je n'ai aucun goût pour la violence, pas plus que je ne tolère l'idée du crime. C'était déjà vrai à l'époque mais ce que j'entrevoyais d'autre en lui, sa capacité à tout magnifier – moi comprise - me poussait à ne pas chercher la vérité. Je l'ai aimé malgré ce que j'aurais peut-être vu et détesté si je n'avais pas réduit l'angle de mon regard.

    (...)

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Publié dans Récit - carnet...

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roland 01/05/2012 22:30


Je suis  touché par cette écriture, notamment telle qu'elle apparaît dans le premier extrait ; j'ai plaisir à  voir dans l'expression "en lisant le deuil qui fermait à demi ses paupières " un jeu
sur le deuil / le seuil avoisinant fermait (le deuil fermait le seuil de son être au niveau de ses paupières). Et puis peut-être par ailleurs la complexité de nos
sentiments qui fait que l'on aime  quelqu'un dont on sent/sait qu'il nous détruira quasiment, en fin de partie.