Dimanche 13 mars 2011 7 13 /03 /Mars /2011 16:16

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Le village de l'Allemand ou le journal des frères Schiller , livre remarquable – et remarqué 1) – de Boualem Sansal , possède à première vue  toutes les qualités d'un grand livre à mettre d'office entre toutes les mains. Pourtant, malgré la visée didactique qui semble s'y affirmer, il nécessite à mon sens de la part du lecteur un minimum de recul critique...

Je ne connais pas les livres précédents de cet auteur mais j'ai souvent lu dans la presse les articles approfondis, à la fois nuancés et percutants , de cet écrivain algérien qui a grandi et vécu dans une Algérie indépendante 2) et déplore l' impasse où des années de dictature militaire socialiste et le développement de l'islamisme ont conduit son pays.

Boualem Sansal est un écrivain engagé qui informe et dénonce, qui alarme, car ce sont "les lecteurs [qui] font des livres une arme politique". Et si son roman présente un aspect philosophique important , posant au travers de cet Allemand le problème éternel de la nature humaine et de l'existence du mal qui échoit à tout homme , sa question centrale, concrète et précise,  est bien de savoir si l'on doit dire toutes les horreurs de l'histoire, toute la vérité,   «aux enfants».

Question à laquelle il répond sans ambiguïté par la voix de ses deux héros, reprenant à plusieurs reprises un texte de Primo Levi, affirmant le devoir de mémoire, la nécessité de transmettre ce monstrueux héritage au monde entier, pour tenter d'éviter que les crimes des hommes - et notamment l'Holocauste, le Mal absolu  - ne se reproduisent. ( Boualem Sansal a souvent reproché à l'Etat algérien , comme à d'autres Etats arabes , son silence sur la Shoah et l'ignorance des jeunes générations qui en résulte.)

 

1) Le roman a reçu le Grand prix RTL-Lire 2008 et le Grand Prix SGDL du roman 2008


2) Boualem Sansal est né en 1949, il vit actuellement près d'Alger où il était haut fonctionnaire au Ministère de l'Industrie jusqu'à son limogeage en 2003 en raison de ses écrits et de ses prises de position

 

C'est dans les années 1980, au hasard d'un voyage dans la région de Sétif, que l'auteur découvre un étrange village d'une propreté et d'une organisation toute germanique . Il apprend après enquête que ce dernier a été administré par un ancien officier SS, moudjahid  pendant la guerre d'indépendance et converti à l'islam, qui y a fini ses jours aimé et respecté de tous.

Mais ce n'est que beaucoup plus tard qu'il eut l'idée de construire un roman sur ce fait réel pour relier l'histoire de la dernière guerre mondiale, marquée par l'Extermination programmée par les nazis, à celle des années les plus noires du terrorisme islamiste en Algérie et à l'histoire à venir , à ce monde terrifiant qui se prépare, à ses yeux, également dans les cités des banlieues françaises, ces Etats dans l'Etat, «avec leurs lois et leurs impôts».

Occasion pour lui d' établir un saisissant jeu de miroir, à la manière de Vassili Grossman 3) mais entre nazisme et islamisme . Jeu de miroir auquel je ne reproche pas de ne pas être novateur mais plutôt de s'avérer , malgré son intérêt, beaucoup moins pertinent que celui de l'écrivain russe et  non exempt de danger du fait de cette moindre adéquation combinée à une formulation trop outrancière.

 

3) Dans  Vie et destin, roman achevé par Vassili Grossman en 1960 et publié pour la première fois en France en 1980, l'auteur fait un audacieux et pertinent parallèle entre les deux totalitarismes que sont le nazisme et le bolchévisme


  *


On ne peut qu'admirer l'ingéniosité de la construction romanesque et l'habileté du parti-pris narratif adopté.

 

Boualem Sansal a tout d'abord  choisi une forme romanesque pour aborder l'histoire à partir d'une histoire familiale plus concrète et poser des problèmes universels en s'appuyant sur des problèmes particuliers. Et il a situé son roman au coeur des années 1990, faisant judicieusement périr son Allemand avec une grande partie des habitants de son village - auquel il attribue un nom fictif - au cours d'un massacre semblable à ceux perpétrés à l'époque par les islamistes du GIA.

 La création de  deux héros, les frères Schiller, pour  incarner ce lien entre l'histoire de l'Allemagne nazie, celle de l'Algérie sous le joug du terrorisme islamiste et la menace qui semble à ses yeux se profiler dans les banlieues françaises montre son grand talent. D'autant plus qu'il leur attribue des différences, une complémentarité, lui permettant  de varier les regards , le ton du récit et les registres de langage. 

Rachid Helmut, dit Rachel et Malek Ulrich, surnommé Malrich , les deux fils imaginaires de cet Allemand ayant réellement existé et de son épouse algérienne inventée de toute pièce, deviennent en effet  français après avoir été successivement envoyés en France pour y être élevés par un oncle, un émigré algérien vivant dans une cité de la banlieue parisienne. L'aîné, qui a réussi, ingénieur dans une multinationale, marié et proriétaire d'un pavillon, s'avère aussi cultivé et réfléchi que le second, bon à rien en manque d'instruction traînant dans la cité avec ses copains de misère, est turbulent et impulsif. Et les propos lucides,  raisonnés et mesurés, graves et douloureux mais aussi empreints de tendresse, d'humour et de dérision de l'un tranchent avec les approximations gouailleuses et provocatrices, la rage vengeresse ou la simplicité des  élans du coeur et des désirs militants de l'autre.

 

L'argument est simple.

Rachel, apprenant par hasard que ses parents ont été égorgés au cours du massacre d'Aïn Deb, retourne dans son village natal où il découvre dans une valise des documents lui révélant le monstrueux passé de l'ancien officier SS Hans Schiller. Un double choc dont il ne se relèvera pas. Il taira tout à son jeune frère pour le préserver et, pendant deux ans, après avoir lu tous les livres sur le sujet, il remontera le temps dans les pas de son père en suivant le parcours mentionné sur son livret militaire, se réservant le pire - Auschwitz - pour la fin, enquêtant, recherchant des témoins  pour tenter de comprendre qui était ce père aux multiples visages et notant avec précision dans un journal tous les détails de ces rencontres et de ces voyages qui le mènent en Allemagne en Autriche et en Pologne , mais aussi en Turquie et en Egypte.

Ne trouvant jamais de réponse à la question qui l'obsède, il s'enfermera dans une extrême solitude, s'éloignant de sa femme Ophélie et de son travail. Devenant fou, tel Hamlet se sentant coupable du crime - non de sa génitrice mais de son géniteur -, il en endossera la responsabilité , choisissant d'expier à la place de son père en se donnant la mort dans une sordide mise en scène. Une mort résonnant comme un sacrifice qui permettra de sauver son frère.


Mais Boualem Sansal, fort habilement, n' entame ce récit qu'après la mort de Rachel, quand le jeune Malrich hérite du journal de son frère , un journal intime qui lui était aussi destiné.

Et le choc révélateur de sa lecture sera pour lui l'occasion de greffer sur ce parcours reconstitué son propre parcours initiatique sur les traces de son frère. Un parcours semblant guidé par ce dernier de manière posthume,  et  qui, lui faisant dépasser l'alternative entre se tuer ou tuer les autres pour se venger et assouvir sa haine , débouchera sur la vie.

Il réussira en effet à s'en sortir en écrivant lui aussi son journal, mais un journal destiné à être divulgué, à être publié sous forme d'un livre pour transmettre aux autres cet héritage qui ne lui est pas échu à lui seul, car s'il n'est pas coupable de ce crime : «la vérité est la vérité et elle doit être sue».


Le journal des frères Schiller est donc un journal singulier écrit à deux mains, celui de Malrich qui y incorpore de très larges extraits de celui de Rachel. Un journal révélateur retraçant une double enquête et en délivrant les informations au fur et à mesure de son déroulement,  ce qui a pour effet  de retenir l'attention du lecteur jusqu'au bout. 



  *

 

Malheureusement, Boualem Sansal est ,à mon sens, allé trop loin dans son parallèle entre nazisme et islamisme.


Ce dernier est certes esquissé essentiellement par Malrich qui maîtrise mal la langue française - allant même jusqu'à appeler "génocide" les massacres islamistes. Il n'empêche que ce rapprochement, tel qu'il est exprimé à de nombreuses reprises, ne me semble pas intellectuellement satisfaisant. Et l'écrivain se montre bien plus exigeant et prudent quand on l'interroge à ce sujet 4), préférant parler de "similitude entre le nazisme et l'ordre qui prévaut en Algérie",  ce qui est tout à fait différent ! Et quand il énumère ensuite tous les "ingrédients" similaires qu'on retrouve dans les deux systèmes , on s'aperçoit bien qu'il intègre des éléments qui n'ont rien à voir avec l'islamisme.

Le nazisme était un système totalitaire centralisé avec un chef à sa tête et parler d'islamisme pour désigner la collusion progressive et partielle de différents totalitarismes épars relève de la simplification abusive. En Algérie, la dictature militaire a , du fait de la corruption et de la misère, facilité  la naissance de l'islamisme qu'elle a ensuite tenté de récupérer pour se conforter, mais on ne peut pas pour autant englober le tout dans un même terme.


Plus grave m'apparaît cette assimilation des cités à des «camps de concentration» entourés «de barbelés et de champs de mines» dont les habitants seraient des «déportés» soumis au contrôle de «kapos» et gouvernés par un imam/«führer» !

Bien sûr, Boualem Sansal prête toujours ces propos - sans cesse réitérés - à Malrich , ce jeune plutôt fruste qui, en état de choc, mélange un peu tout , surtout après la mort de Nadia, jeune fille brûlée dans la cité  en raison de la liberté supposée de ses moeurs – ce qui n'a malheureusement rien de totalement fictif. Mais on ne peut pas dire la vérité par la voix d'un héros et le faire se livrer à une telle outrance verbale qui  risque de rendre inaudibles les facteurs très inquiétants qui sont dénoncés. Cela ne présente aucune vertu pédagogique et il me semble inutile de renforcer cette inflation langagière qui a tendance à se répandre dans nos sociétés , banalisant l'horreur , ne rendant pas compte de la complexité des problèmes et n'incitant guère à des comportements réfléchis.


Boualem Sansal se serait-il laissé emporter par la forme romanesque ?

Sur ce deuxième point, rien n'est moins sûr. Dans l'entretien précédemment  cité 4), sa réponse à Grégoire Leménager me laisse en effet perplexe :

"Le diagnostic de Malrich n'est pas exagéré. C'est la triste réalité. Dans nos pays, les cités populaires abandonnées par l'Etat à la misère, au banditisme et à l'islamisme sont déjà des camps de concentration."

Et je dois avouer que je ne retrouve plus là la pertinence de bon nombre d'articles de cet écrivain qui m'avait séduite ...

 

 

 

 

Je ne peux donc louer sans réserves ce beau roman , si bien construit et écrit, dont tant de passages atteignent une simplicité bouleversante. Et je regrette que l'auteur qui aborde pourtant avec précision et finesse, sans haine ni pathos, tout ce qui a trait à l'Extermination nazie n'ait pas su trouver les mots adéquats pour rendre compte de la complexité de "l'ordre qui prévaut" dans les cités ou en Algérie...

 

4)Interview du 09/11/2008, propos recueillis par Grégoire Leménager :

 

http://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20080109.BIB0588/la-frontiere-entre-islamisme-et-nazisme-est-mince.html

 

 

Boualem-Sansal.jpg

Le village de l'Allemand ou le journal des frères Schiller, Boualem Sansal, Gallimard Août 2008, collection Folio 2009, 306 p.


 

Biographie et bibliographie de l'auteur :


http://fr.wikipedia.org/wiki/Boualem_Sansal

 

 

 

EXTRAITS :


(Journal de Rachel)

p. 41/42

 

(...) Je n'arrivais pas à me départir de ma réserve, je me tenais droit, la tête coincée, le regard oscillant, je bredouillais des formules de politesse dont l'étrangeté en ces lieux horripilait mes oreilles. Bêtement, je m'étais mis à déclamer : «Salam, salam !» Ah ! Comme je fus salué, cajolé, remercié, félicité. Les rôles étaient inversés, les parias fêtaient le privilégié, j'étais abasourdi. Je n'ai pas reconnu mes copains d'enfance, ils avaient vieilli à pas de géant, ils étaient misérables au-delà du supportable, ils n'étaient plus loin d'être des ancêtres grabataires que l'on sort au soleil le matin et que l'on rentre tremblants à la tombée de la nuit. Je me sentais penaud devant leurs vénérables chicots, leurs cheveux laineux, leurs rides profondes, leurs dos voûtés. Les mains étaient épaisses et pétrifiées , leur courte histoire se lisait d'un trait dans les méandres de leurs callosités. Quant aux vieux de l'époque, ils étaient identiques à eux-mêmes, peut-être plus vifs que leurs petits. Quand la fin frappe à la porte, il y a comme un regain de vitalité. Puis nous avons parlé, parlé encore, trois journées d'affilée. Mon petit arabe des banlieues françaises ne m'aidait en rien. J'ai mélangé ce que je possédais, français, anglais, allemand, mon petit arabe, mon petit berbère, et ainsi, très vite, un pont s'est établi, on se comprenait parfaitement. En vrai, nous avions peu à nous dire, le sourire suffisait, et quelques gestes et de petits salamalecs dits avec émotion. Tout se passe dans la tête, on se parle et on se répond soi-même, le regard et le geste résument le solliloque pour les autres. En tout et pour tout on dit : «ça va, merci,Allah est grand», et on le répète au suivant en buvant du café. Je passais d'une maison à l'autre. Je retrouvais des lieux, des odeurs, et tout le mystère de l'enfance qui venait subtilement éveiller en moi l'envie de courir, de fouiner, chaparder, conspirer, de me constituer de nouveaux grands secrets avec l'idée de ne jamais céder à la tentation de les partager. Nous évoquions la nuit fatale. Tous avaient perdu un être cher, un parent, un ami, un voisin. Oui, les choses se sont passées comme je les avais imaginées. Le crime est tellement lisible, il est ce que nous connaissons le mieux, ce que nous imaginons le plus facilement, il est ce qui nous est donné à voir, à entendre, à lire, à longueur d'année. Il est notre totem planté au coeur de la terre, visible depuis la lune. Il est l'histoire de ce monde. Et là, tout disait que l'Algérie venait d'écrire un chapitre spécial pour Aïn Deb et ses habitants.

(...)

 

(Journal de Rachel)

p. 108/110

 

(...) Mein Kampf.

 

Je ne sais combien de fois je l'ai lu. D'abord avec rage et boulimie, puis avec calme, un calme de plus en plus tendu. Je voulais trouver la clé, la magie par laquelle des hommes sains de corps et d'esprit comme mon père ont accepté de se dépouiller de leur humanité et de se transformer en machine de mort. Il n'y a rien, de la bibine, des propos de petit saligaud en campagne, des prétentions de chefaillons qui se rêvent dictateurs éternels, des slogans pour affiches électorales : «Tuez un Juif, Dieu vous le rendra», «Un Aryen vaut tous les bons à rien du monde», «Préservez notre sang, gare à la contamination», «Votre voisin est malade, déficient ? Achevez-le». Si le Mal n'a pris que ce chemin pour détourner les Allemands et en faire des nazis, chapeau ! J'imaginais une démonstration imparable, une alchimie de mots infiniment complexe, des révélations foudroyantes sur le complot mondial contre le peuple allemand, des réactions en chaîne grandioses d'un chapitre à l'autre, des circonstances hors du commun savamment agencées. J'imaginais que Satan en personne avait écrit certains morceaux et fourni l'encre pour le reste, le détail, l'anecdote. Rien de tout ça. Il a suffi d'un caporal imberbe et grandiloquent, un barbouilleur syphilitique et dépressif une addition de sentences bien tournées avec un titre viril, Mon combat, et un contexte socio-économique appelant à la jérémiade, à la vindicte, à l'accusation, à la surenchère.(...)

 

 

(Journal de Malrich)

p. 147/149

 

(...) «Un jour le monde entier s'est mobilisé contre cette folie, ils ont tué l'imam en chef, le Führer, et tous ses émirs , et ils ont occupé l'Allemagne. C'est là qu'ils ont découvert les camps d'extermination. Il y en avait des dizaines, les morts se comptaient par millions et les survivants ressemblaient tellement à des cadavres qu'ils ne savaient comment leur parler. Quand mes parents et leurs voisins du village ont été égorgés par des islamistes, Rachel a commencé à réfléchir. Il a compris que l'islamisme et le nazisme c'est du pareil au même. Il a voulu voir ce qui nous attendait si on laissait faire comme on a laissé faire en Allemagne, à Kaboul et en Algérie où les charniers islamistes ne se comptent plus, comme on laisse faire chez nous, en France où les Gestapos islamistes ne se comptent plus. Au bout du compte, ça lui a fait tellement peur qu'il s'est suicidé. Il pensait qu'il était trop tard, qu'il était responsable, il disait que notre silence était de la complicité, il disait que nous sommes dans le piège et qu'à force de nous taire en faisant semblant de discutailler intelligemment, nous finirons par devenir des kapos , sans nous en rendre compte, sans voir que les autres, autour de nous, le sont déjà.

- Hé, tu déconnes, on n'est pas des kapos ! S'écria Raymou.

- Je vais peut-être vous rappeler que nous étions des leurs , il n'y a pas loin et que nous ne le savions pas.

Je n'ai pas eu besoin d'insister, ils se souvenaient très bien, ils avaient trempé dans le bain.

- Qu'est-ce que tu nous proposes, qu'on se suicide comme Rachel ? demanda-t-il.

- On va faire le contraire, on va vivre, on va se battre.

- Comment ?

- Je ne sais pas, il faut voir.

- Putain, tout ce discours pour dire qu'il ne sait pas!

- Créons une ligue anti-islamique, proposa Bidochon.

- Islamique ou islamiste ? questionna Raymou.

- C'est un détail, on s'en fout.

- Tu déconnes, c'est pas pareil, l'islam est la religion de mes parents, c'est la meilleur du monde! s'écria Momo.

- Ma mère fait la prière, elle tuerait pas une mouche, ajouta Idris-quoi.

- C'est les musulmans qui deviennent islamistes, non ? demanda Manchot.

- Il ya aussi les chrétiens comme Raymou, corrigea Idris-quoi.

- Bon, Momo, regarde dans le dico, dis-nous la différence.

(...)

Par Emmanuelle Caminade - Publié dans : roman
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  • Emmanuelle Caminade
  • L'or des livres
  • Femme
  • 14/10/1950
  • musique nature lecture théâtre Italie

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