Une enfance juive en Méditerranée musulmane, Rencontre avec Leïla Sebbar, Yves Turquier et Marcel Benamou

Publié le par Emmanuelle Caminade

 

médiathèque de Nyons

Dans le cadre de la quatorzième édition de la fête du livre de Nyons, une rencontre était organisée à la médiathèque ce vendredi 18 mai 2012.

Leïla Sebbar venait présenter son dernier recueil collectif, Une enfance juive en Méditerranée musulmane en compagnie de deux des trente-quatre auteurs y ayant contribué : Yves Turquier, cinéaste d'origine libanaise et Marcel Benamou, écrivain d'origine marocaine.

 

Après Une enfance d'ailleurs (1993), Une enfance algérienne (1997), Une enfance d'outremer (2001), Une enfance corse (2009) et Enfances tunisiennes (2010), Leïla Sebbar, elle-même écrivain ayant passé son enfance en Algérie, achève son cycle consacré à l'enfance et à l'exil qu'elle avait initié il y a a presque vingt ans, en sollicitant toujours des écrivains contemporains, ou plus largement des "gens du livre", derniers survivants d'un monde disparu, "derniers Mohicans" nés dans ces terres où se côtoyaient souvent autrefois de nombreuses communautés.

Il était urgent pour elle de tenter de reconstituer ce monde avant qu'on en perde la trace en recueillant ces fragments d'enfance, un travail passionnant qu'elle qualifie d'"archéologie constructive".

 

Tous ces récits d'exilés qu'elle a suscités en imposant des consignes strictes (notamment sur la taille des textes) sont des récits littéraires, symboliques et significatifs mais, malgré leur qualité, elle eut du mal à trouver un éditeur car le "collectif" n'est pas porteur. Et c'est Bleu Autour, un petit éditeur d'Auvergne qui accepta de publier ces récits d'enfances méditerranéennes !

 

Il faut savoir que les Juifs étaient déjà présents au Maghreb et au Moyen Orient plusieurs siècles avant l'arrivée de l'Islam. Plus tard, chassés par l'Inquisition espagnole à la fin du XVème siècle et par d'autres conflits, ils furent nombreux à se réfugier sur le pourtour méditerranéen.

Les Juifs y furent souvent protégés ("dhimmis") même s'ils y furent parfois discriminés et, en Algérie, le fameux décret Crémieux de 1870 leur accorda la citoyenneté française et donc un statut privilégié par rapport à celui des populations autochtones musulmanes .

 

Les Juifs de la Méditerranée musulmane étaient très attachés à la langue et à la culture française – avant même la colonisation pour ce qui est du Maroc - car , sous la troisième république, dans la philosophie laïque de Jules Ferry, une institution, l'A.I.U. - l'Alliance Israélite Universelle (1) - avait été crée dans le but de tirer les Juifs orientaux vers l'occident en les initiant à la culture occidentale. Elle installa de très nombreuses écoles, ouvertes en principe aux filles et aux autres religions (même si dans la pratique les situations étaient variables), qui jouèrent un grand rôle émancipateur et donnèrent à beaucoup l'amour de la culture et de la langue française.

 

1)  http://fr.wikipedia.org/wiki/Alliance_isra%C3%A9lite_universelle

 

 

Le XXème siècle, avec les deux guerres mondiales et la Shoah , la création de l'état d'Israël, les conflits israélo-arabes et les mouvements d'indépendance apporta de nombreux bouleversements et beaucoup de communautés juives prirent le chemin de l'exil, vers Israël , la France, mais aussi les Etats-Unis ou le Canada et l'Amérique du Sud...

Mis à part l'Irak ou l'Egypte, cet exil ne fut pas véritablement forcé mais une "hostilité sourde" était de plus en plus présente et ces communautés se sentaient, et étaient menacées. Et si l'on comptait encore près de 800 000 Juifs dans ces territoires dans les années 1960, ils sont à peine 20 000 à 40 000 aujourd'hui - essentiellement localisés en Turquie.

 

 

Même si les expériences d'Yves Turquier et de Marcel Benamou sont assez différentes, voire parfois opposées, des points communs s'affirment fortement.

Le premier vivait dans une rue de Beyrouth où voisinaient de multiples communautés alors que le quartier de Meknès où résidait le second n'abritait aucun non-Juif, si bien que jusqu'à son entrée au collège à onze ans Marcel Benamou ignorait quasiment l'existence d'autres communautés. Et cela d'autant plus que les programmes scolaires occultaient totalement l'histoire (2) et même la géographie du Maroc.

Mais tous deux s'accordent à dire que même si les diverses communautés partageaient de nombreux comportements, mangeaient la même cuisine et écoutaient la même musique, les sujets tabous clivants l'emportaient et constituaient une menace dont ils avaient conscience. Ces identités communautaires souvent "fraternelles" pouvaient très vite devenir "meurtrières", pour reprendre le propos d'Amin Malouf.

Yves Turquier remarque qu'il en a toujours été ainsi dans l'histoire, même si peu à peu ces identités sont  devenues de plus en plus meurtrières et de moins en moins fraternelles. Il y a toujours eu en effet à la fois tolérance et méfiance. Et il souligne que ce problème était, du moins au Liban, propre à toutes les communautés,  qu'il a toujours existé un racisme sourd inavoué ne fonctionnant pas à sens unique.

 

2) En Algérie au contraire,  Leïla Sebbar apprit à l'école publique l'histoire algérienne de Jugurtha à Abdel Kader en parallèle avec l'histoire de France, ce qui nuance le fameux "Nos ancêtres les Gaulois"...

 

 

Yves Turquier et Marcel Benamou ont vécu l'exil de manière plutôt positive, comme une libération, un éveil au "je", la possibilité de pouvoir exister individuellement. Car ce qui caractérise toutes ces communautés du Maghreb ou du Moyen Orient, et n'est pas propre à la communauté juive, c'est l'absence d'identité individuelle. On y était toujours identifié comme le représentant d'un groupe  et responsable à ce titre de tous les agissements répréhensibles de tout membre de ce groupe - ce qui  constitue une clé de lecture qui n'a pas totalement perdu son actualité. Tout argument individuel se dissociant du point de vue communautaire est dans cette mentalité absolument incompréhensible.

Par ailleurs, ils ont reçu de cette enfance en Méditerrannée musulmane une ouverture d'esprit liée au multilinguisme. Parler arabe et français, avoir appris l'hébreu et l'anglais, c'est aussi comprendre d'autres modes de pensées et ils peuvent aborder le même problème différemment selon qu'ils l'envisagent dans le mode oriental ou le mode occidental.

 

 

Le cadre dans lequel se déroulèrent ces enfances juives ayant été ainsi précisé, ne reste plus donc qu'à lire ces trente-quatre récits ...

 

 

 

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Une enfance juive en Méditerranée musulmane, textes inédits recueillis par Leïla Sebbar, Bleu Autour, mars 2012, 365 p.

Commenter cet article

logic 27/12/2012 08:53


Pour bien comprendre la « fameuse » ouverture d’esprit des juifs aussi bien ashkénazes que séfarades je vous invite à lire ce livre,
très fouillé et argumenté, écrit en 1903 :


 «  La franc-maçonnerie secte juive » en version PDF sur le
net


Ainsi que la video « le judaïsme juge le sionisme »


 Notre République française fondée sur un régicide un déicide et un génocide est
aux mains de la franc-maçonnerie de puis La révolution et surtout depuis Napoléon (FM athée) et ce n’est pas  pour rien que Jules ,l’instigateur de notre école Républicaine a proclamé en
1885 devant l’Assemblée qu’il y avait des races supérieures . On ne sait que trop où conduit une telle idéologie  » .


    

Emmanuelle Caminade 05/07/2012 14:27


Je copie les liens de manière plus lisible :


http://www.bleu-autour.com


editions.bleuautour.7@facebook.com

Librairie Agadir 05/07/2012 12:47


Bonjour,


Qui pourrait me renseigner où je pourrais obtenir cet ouvrage au Maroc ? ou en ligne ?


 


Merci !

Emmanuelle Caminade 05/07/2012 14:24



Vous pouvez peut-être contacter l'éditeur via son site web ou son compte facebook :


http://www.bleu-autour.com


editions.bleuautour.7@facebook.com