Partager l'article ! La poésie de Raymond Farina (1) : "Virgilianes" ...: Laissant de côté pour un temps le genre romanesque comme l'actualité littéra ...
L'or des livres
Laissant de côté pour un temps le genre romanesque comme l'actualité littéraire, j'aimerais partager ma découverte récente d'un poète contemporain qui est loin d'être un inconnu pour les initiés, même si sa renommée reste encore confidentielle.
La poésie de Raymond Farina fut pour moi une véritable rencontre et je me propose de vous la présenter en trois articles au travers de cinq ouvrages couvrant une période d'une vingtaine d'années : Virgilianes , Anecdotes et Epitola Posthumus , puis Eclats de vivre et Une colombe une autre.
Cette poésie doit beaucoup au parcours hors du commun (1) de son auteur.
Né à Alger en 1940, ce dernier fut élevé dans la ville haute par une vieille nourrice maltaise illettrée et le poète eut d'abord pour horizon le bleu du ciel cerclé de murs blancs et pour compagnons les nuages et les bêtes, ses incursions à l'école primaire s'avérant fort rares. Puis il connut le Maroc où il partagea les jeux des petits bergers de son âge qui lui apprirent à observer et capturer les oiseaux et réintégra progressivement un cursus scolaire plus classique. Il y écrivit ses premiers poèmes à l'âge de 13 ans. En 1960 , il retrouva Alger et les horreurs des deux dernières années de guerre et, après des études supérieures à Nancy, il enseigna la philosophie de 1964 à 2000 dans plusieurs régions de France, puis au Maroc, en République centrafricaine et à La Réunion où il réside actuellement.
Les poèmes de Raymond Farina , écrits dès les années 1960, ne commencèrent à être publiés que vers la fin des années 1970. Depuis, une quinzaine de recueils ont été édités (2) dans diverses maisons et certains poèmes traduits dans plusieurs langues. L'auteur est de plus lui-même traducteur de poètes américains,espagnols, italiens et portugais.
L'oeuvre de Raymond Farina décline sans cesse les thèmes de la mort et de l'absence, de la trace et oscille entre gravité et légèreté. Elle prend sa source dans l'enfance, un temps béni – sacré - de disponibilité au monde où l'enfant édifie dans ses songes une petite cosmogonie personnelle qui semble apprivoiser le mystère "comme on apprivoise les oiseaux". C'est une poésie qui cherche à sauvegarder cette part d'enfance, ses rêves, ses couleurs et ses parfums, sa lumière, cette légèreté qui semble transcender d'un coup d'aile la gravité du monde et le tragique de nos vies éphémères.
Enfant sauvé, élu, tel Moïse, pour éclairer les hommes de ses mots, le poète prend sa plume et se fait ange ou oiseau imprimant ses traces fugaces qui se muent en signes sur la page, témoins de la "fragilité du réel". Une poésie toute de murmures et d'interrogations , loin des certitudes. Une écriture fine et aérienne, musicale et colorée, érudite, élaborée mais concrète et familière qui capte l'instant , saisissant quelques éclats d'un monde en mouvement. Un geste vif et tendu , à la fois sûr et léger comme celui du calligraphe (3) à la recherche de la perfection.
1) Je vous reporte à l'excellent article de Régis Laouchert dont je me suis largement inspirée pour cette biographie :
http://rebstein.files.wordpress.com/2011/08/rencontre-avec-raymond-farina.pdf
2) pour une bibliographie complète : http://rebstein.files.wordpress.com/2011/09/raymond-farina-bibliografia-completa.pdf
3) Une poésie qui m'a fait me remémorer une très belle nouvelle de Passagers de l'archipel , le dernier livre d'Anne-Catherine Blanc, intitulée Ligne de vie dont je donne un extrait significatif à la fin de la chronique que je lui ai consacré...
VIRGILIANES
Virgilianes , publié en 1986, comprend deux recueils de poèmes dont le premier a donné son nom à l'ensemble et dont l'écriture commença dès l'été 1983. Deux recueils de poèmes délicats et sensibles qui n'ont rien d'abstrait où le poète, en empathie avec la nature, les animaux et les végétaux, comme avec les choses, exhale une âme virgilienne.
Virgilianes, le recueil éponyme, réunit trente-trois textes (4) de longueur et de rythme différents qui se déploient en vers amples et tendus ou halètent en courts fragments.
Dans ces poèmes bouleversants, écrits sous un ciel gris de Bretagne et placés sous le signe de la mort, aléatoire et inéluctable, le poète, désorienté, tente désespérément d'affronter l'avenir en interrogeant, non les sorts virgilianes (5), mais son territoire d'enfance.
Il lui faut en effet retrouver «l'entrelacs de noms et de visages/qui furent si faciles/ et puis ces lettres d'avant le sens/ cette magie de Dieu/ éloignant de l'enfant/ la vérité violente». Il lui faut retrouver ce temps solaire «innocent», «anachronique», chercher la trace, le «sens exilé» de ce monde de «signes et choses/ sinnrebus de nous». Un retour aux sources nécessaire «pour conduire/ en douceur/ la vie» et faire «(...) la mort facile/ comme un sourire».
4) Peut-être Raymond Farina a-t-il aussi voulu s'inspirer des savantes architectures
de son maître latin et ce nombre impair de poèmes numérotés en chiffres romains m'a incitée à chercher dans le dix-septième le pivot de ce recueil : le thème de l'absence, ou plutôt des
absents, de ceux qui ne sont plus que « (...) reflets/ dans la paix/ des images/ accompagnant/ l'éternité» et silence : un
silence qu'il faut savoir écouter pour en tirer une «sagesse musicale» ...
5) Référence au Pantagruel de Rabelais où Panurge explore l'avenir en interprétant des vers de Virgile tirés aux sorts ...
Dans Le conte d'été, recueil de vingt-neuf poèmes rédigés en vers courts mais fluide, la nature dans sa simplicité et les choses muettes font entendre leur «musique invisible» , la vie tente d'intégrer la mort, de l'emporter sur elle, la «tendresse» d'une «belle au carreau» et les «magies d'amour» s'érigeant en rempart contre «peines et pluies» . Et le monde commence timidement à s'alléger, proposant au poète ses éclats de sagesse.
Raymond Farina, Virgilianes, Rougerie 1986
EXTRAITS DE VIRGILIANES
Virgilianes
IV p.12
désir quitte les cartes
porte le Sud plus loin
que l'Erythrée mentale
phosphorescences
ô migrations
éclairs écailles
ciels mouvant des surfaces
et loin derrière
au bout des voix
étouffées la nuit lente
une barque comme un secret
que garderait la mer
XXXI, p. 47
il suffit
d'approuver
le blanc cerisier
de laisser
les questions épuisées
aller boire
à la source des larmes
il suffit
comme l'enfant
d'écarter l'herbe divine
jusqu'à la gloire du grillon
Le conte d'été
VII p.59
la sagesse est là
loin des livres
concrète et bleutée
dans la paix des choses
près du rideau
qui s'affole
elle est aussi
- quand tu vois
les miettes
sur la nappe -
cette pensée
pour les oiseaux
elle est ta façon
de rendre au soleil
ses reflets
rien qu'en
effleurant
la carafe
XI, p. 65
sommes-nous
cette fable
que notre corps
raconte
sommes-nous
le mot de l'énigme
un presque vivre
ou un presque mourir
quelque chose d'étrange
entre Dieu et poussière
sommeil
comme désert
ou village
sous la neige
OUVRAGES COLLECTIFS
DES VIES, 62 enfants de harkis
racontent
AGOSTINI Jean-François
ATTA Sefi
Le meilleur
reste à venir
ATXAGA Bernardo
Obabakoak
AVALLONE Silvia
D'acier (traduction française)
BACHI Salim
BAILLY Jean-Christophe
Le Dépaysement / Voyages en France
BARBARA Charles
BARICCO Alessandro
Novecento
BARRIERE Loïc
BASTARD Joël
BENCHICOU Mohamed
BEN JELLOUN Tahar
Les amandiers sont morts de leurs blessures
BENMALEK Anouar
BERNANOS Georges
BESSETTE Hélène
BIANCARELLI Marco
Vae Victis et autres tirs collatéraux
BIZOT Véronique
BLANC Anne-Catherine
Entretien avec Anne-Catherine Blanc
BORGES Jorge Luis
BOULGAKOV Mikhaïl
BOUIDA Iouri
CALVINO Italo
CASANOVA Xavier
CASANOVA Marie
CESARI Stefanu
CHOUKRI Mohamed
CLARO
COE Jonathan
La vie très très privée de Mr Sim
Rencontre avec Josée Kamoun, traductrice de Jonathan Coe
COHEN Laurent
CONIL Dominique
CONRAD Joseph
DAOUD Kamel
DIOME Fatou
DOMECQ Jean-Philippe
DOSTOIEVSKI Fédor
Carnets du sous-sol
ENARD Mathias
FARINA Raymond
Anecdotes et Epitola Posthumus
Eclats de vivre et Une colombe une autre
FERRARI Jérôme
Du style de Jérôme Ferrari et de l'intérêt de la critique...
FERRUCCI Roberto
Sentiments subversifs / Sentimenti sovversivi
FINKIELKRAUT Alain
FONDANE Benjamin
FOURVEL Christophe
La dernière fois où j'ai eu un corps
FUSINI Nadia
GERMAIN Sylvie
GIONO Jean
GONZALEZ Tomàs
GROSSMAN Vassili
Vie et destin
HADDAD Hubert
Rencontre avec Hubert Haddad
(Sainte-Cécile-les-Vignes, le 11/05/12)
HEBBADJ Fadéla
interview exclusive de Fadéla Hebbadj
HRABAL Bohumil
IBSEN Henrik
IMACHE Tassadit
JAY Salim
Victoire partagée
JOUANARD Gil
L'Oeil de la
terre
KALOUAZ Ahmed
de KERANGAL Maylis
KLEIN Etienne
LAFON Marie-Hélène
LE BRETON David
LE CLEZIO J.M.G.
RAGA Approche du continent invisible
LEYS Simon
Le bonheur des petits poissons
LOBO ANTUNES Antònio
LOY Rosetta
de LUCA Erri
MAcCARTHY Cormac
MAROUANE Leïla
La vie sexuelle d'un islamiste à Paris
MAZOYER Florian
MICHON Pierre
MORAVIA Alberto
NIMROD Bena Djangrang
PAGANELLI Norbert
A notti aspetta / La nuit attend
COTTON Peintures : Paroles & couleurs
PAOLI Angèle
PEREZ-REVERTE Arturo
PESSAN Eric
Rencontre avec Eric Pessan (Sainte-Cécile-les-vignes, 25/11/11)
PESSOA Fernando
Le livre de l'intranquillité" (volume II)
PREDALI Jean-Baptiste
RAHIMI Atiq
Syngué sabour (Pierre de patience)
RENUCCI François-Xavier
Un lieu de quatre vents, Una vita nova
REVERDY Thomas B.
Rencontre avec Thomas B. Reverdy ( Bollène, 17/06/11)
RODRIGUEZ-ANTONIOTTI Maddalena
ROHE Oliver
Ma dernière création est un piège à taupes
ROUAUD Jean
Comment gagner sa vie honnêtement
SANSAL Boualem
SANTINI Jean-Pierre
C'est toujours la même histoire
SATTA Salvatore
SAVINIO Alberto
SEBBAR Leïla
Rencontre
avec Leïla Sebbar, Yves Turquier et Marcel Benamou
SHAKESPEARE
SLAVNIKOVA Olga
STEINFEST Heinrich
TABUCCHI Antonio
Piccoli equivoci senza importanza
TAVARES Gonçalo
Apprendre à prier à l'ère de la technique
TCHEKHOV Anton
VALJAREVIC Srdjan
Rencontre avec Srdjan Valjarevic (Romans, 25/05/11)
VELHO DA COSTA Maria
VERDIER Fabienne
WALSER Robert
ZALBERG Carole
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