Vendredi 1 mai 2009

La marche est fondatrice de notre espèce.

«Roland   Barthes   pointait   déjà dans les années 50 que "marcher est peut-être - mythologiquement - le geste le plus trivial, donc le plus humain."»

Pour David Le Breton, anthropologue spécialiste du corps, « la faculté proprement humaine de donner du sens au monde, de s'y mouvoir en le comprenant et en le partageant avec les autres est née du redressement de l'animal humain (...) La verticalisation et l'intégration de la marche bipède ont favorisé en effet la libération de la main et du visage (...), ont élargi à l'infini les capacités de communication et la marge de manoeuvre de l'homme sur son environnement et contribué au développement de son cerveau. »


Mais, dans cet Eloge de la marche, l'auteur aborde cette activité primordiale, bien que tendant à se restreindre dramatiquement dans nos sociétés, sous ses multiples aspects.

Humble immersion dans la nature frayant un chemin vers soi et vers les autres, à la fois détour pour se rassembler et ouverture au monde, ou, au contraire, fascination pour des horizons inconnus de grands voyageurs prêts à souffrir un calvaire pour entrer les premiers dans Tombouctou ou découvrir les sources du Nil. Marche urbaine «semée de spectacles» attisant la curiosité des «guetteurs d'anecdotes», des amoureux des villes, «célébration de la marchandise et de la vie commune», ou marches spirituelles au cours desquelles les pélerins font don à Dieu de leurs souffrances ...

Cet essai chemine en toute liberté, entremêlant réflexions et citations d'auteurs/marcheurs. C'est une «ballade (...) en bonne compagnie où il importe aussi à l'auteur de dire son plaisir non seulement de la marche mais aussi de maintes lectures.»


«L' espèce humaine commence par les pieds, nous dit Leroi-Gourhan, même si la majorité de nos contemporains l'oublie et pense que l'homme descend simplement de sa voiture.»

Cette boutade est une bonne introduction à la partie essentielle de l'ouvrage (qui en occupe plus de la moitié), partie consacrée à la célébration de la lenteur et du bonheur de flâner, à la marche comme «résistance» à cette modernité qui rend le corps «superflu», «entame la vision du monde de l'homme, limite son champ d'action sur le réel, diminue le sentiment de consistance du moi, affaiblit sa connaissance des choses».

David Le Breton y exalte la «jubilation sensorielle» de la marche  «propice au développement d'une philosophie élémentaire de l'existence», mode d'accès privilégié à la sérénité :

«Alliée à la beauté des paysages, le silence est un chemin menant à soi. Moment de suspension du temps où s'ouvre un passage octroyant à l'homme la possibilité de retrouver sa place, de gagner la paix.»

La marche s'avère, de plus, démocratique :

«La beauté est démocrate, elle se donne à tous et les lieux les plus beaux sont légion, aussi nombreux que les hommes eux-mêmes»...


Ce petit livre remémore au marcheur ces moments magiques dont il s'est si souvent délecté et réveille sa jubilation d'exister.

Il devrait inciter les autres à goûter ce plaisir simple et peu coûteux susceptible d'apporter à l'être humain la plénitude qui semble de plus en plus lui faire défaut dans nos sociétés modernes.


Alors, en ces beaux jours qui reviennent, n'hésitez pas ...

 


Eloge de la marche, David le Breton, Editions Métailié , mai 2000

 

 

Par Emmanuelle Caminade - Publié dans : essais - Communauté : Les lectures de Florinette
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