Ce que Tchekhov a dit du Sauvage

Publié le par Emmanuelle Caminade

 

Je viens compléter mon article sur la pièce d'Anton Tchekhov,  Le Sauvageaprès avoir lu ce qu'en a dit l'auteur dans sa correspondance.

En effet, la lecture de
Tout ce que Tchekhov a voulu dire sur le théâtreme semble venir confirmer mes intuitions et mes hypothèses sur Le Sauvage (ou l'Homme des bois ). Et il me paraît intéressant de citer quelques lettres de Tchekhov, tirées de cet ouvrage:


Lettre du 30 septembre 1889 à A.N. Plechtcheev :

J'écris, figurez-vous, une longue comédie-roman et j'en ai déjà rédigé d'une traite deux actes et demi. Après une nouvelle, une comédie s'écrit très facilement. J'y mets des gens biens, sains, à moitié sympathiques; cela finit bien. Le ton général est totalement lyrique. Cela s'appelle
l'Homme des bois.

Lettre du 13 octobre 1889 à A.S Souvorine :

(...) j'ai tout recommencé en détruisant ce que j'avais fait au printemps. J'ai travaillé avec plaisir, avec délectation même (...) Svobodine est venu chercher la pièce et l'a prise pour qu'elle soit jouée à son bénéfice (le 31 octobre). La pièce a été lue par Vsevolojski*, Grigorovich et compagnie. Si vous avez envie de savoir ce qu'il adviendra d'elle, vous pouvez le demander à Svobodine qui est très concerné , et à Grigorovitch, l'ancien président du tribunal de la cour martiale de campagne
qui nous a jugés, moi et mon Homme des bois. La pièce est mise au rebut. L'est-elle seulement pour le bénéfice de Svobodine ( il y aura là les grands ducs) , ou pour la scène publique en général, je ne sais pas , et on n'a pas jugé utile de m'en informer.

*directeur des Théâtres impériaux de 1881 à 1899

Lettre du 21 octobre 1889 à A.N. Plechtcheev :

(...)«La gazette de Saint-Petersbourg» annonce que ma pièce a été considérée comme «une superbe nouvelle dramatisée». Enchanté. Alors, de deux choses l'une : ou je suis un mauvais dramaturge, ce que j'admets volontiers,
ou tous ces messieurs qui m'aiment comme leur propre fils et me supplient, au nom du ciel, d'être moi-même dans mes pièces, d'éviter tout cliché et de proposer une composition complexe , sont des hypocrites;

Lettre du 28 octobre 1889 à Souvorine :

(...)je ne vous donnerai pas à lire
L'Homme des bois de peur que vous n'en parliez avec Grigorovich. Il y a un mois ( ou vingt jours, je ne me souviens pas) il m'a fallu faire de gros efforts pour ne pas vous parler de ma pièce, mais je suis maintenant tout à fait serein et c'est l'esprit léger que je peux ne rien vous écrire à son sujet . En ce moment, il y a pléthore de dramaturges geignards qui ont souffert pour la vérité. J'en ai tellement assez d'eux, et ils sont pour moi de telles femelettes que je regrette même d'avoir mangé à leur soupe et écrit une pièce que j'aurais pu ne pas écrire du tout.

Le Sauvage (ou l'Homme des bois )a été joué en décembre 1889 et n'a «tenu» l'affiche que 5 représentations...


Quelques années plus tard ...


Lettre du 16 octobre 1897 à A. I. Ourousov:

Cher Alexandre Ivanovitch,
je vous en supplie, ne vous fâchez pas : je ne peux pas publier l'Homme des bois. Je déteste cette pièce et m'efforce de l'oublier.En est-elle responsable, où sont-ce les circonstances dans lesquelles elle a été écrite et jouée, je ne sais pas, mais ce serait un vrai coup pour moi si quelques forces la sortaient des oubliettes et lui redonnaient vie.

Lettre du 26 octobre 1898 à M.P. Tchekhov:

Mon Oncle Vania est joué partout en province, et il a partout du succès. On ne sait jamais quand on gagnera et quand on perdra. Je ne comptais pas du tout sur cette pièce-là.



Tout ce que Tchekhov a voulu dire sur le théâtre, éditions de l'Arche, 11/2007 ( recueil de chroniques et de lettres écrites par Tchekhov)

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