"Dialogues des Carmélites", de Georges Bernanos

Publié le par Emmanuelle Caminade

 

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Le texte des Dialogues des Carmélites , seule oeuvre théâtrale  – et posthume (1) – de Georges Bernanos fut écrit à l'origine pour un scénario cinématographique (2) dont le sujet avait été tiré d'une nouvelle de Gertrud von Le Fort - Die Letzte am Schaffot /La dernière à l'échafaud -  retraçant l'histoire de seize Carmélites de Compiègne guillotinées pendant la Terreur (3).

A l'aube de la Révolution française, Blanche de La Force , une jeune aristocrate marquée dès sa naissance par les stigmates de la peur (4), ne se sent pas capable d'affronter le monde et décide d'entrer au Carmel. Mais ce dernier ne pourra lui servir de refuge et la Terreur qui s'annonce sera paradoxalement le catalyseur qui lui permettra de transcender sa peur et d'accéder au Salut.

(1) Georges Bernanos, en phase terminale d'un cancer mourra en 1948, ces Dialogues à peine achevés. Ils seront portés à la scène le 23 mai 1952 par Jacques Hébertot ( après avoir été créés en Allemagne – et en allemand – quelques mois plus tôt ).

(2) Le projet de film de P. Agostini et R.L. Bruckberger, abandonné dans un premier temps, ne verra le jour qu'en 1960.

 (3) Cette nouvelle fut elle-même inspirée de la Relation de Mère Marie de l'Incarnation de Dieu, seule survivante dont le récit entraîna la béatification des nonnes en 1906. Gertrud von Le Fort s'y est identifiée à Blanche, l'héroïne, à qui elle donna son patronyme : de La Force.

(4)  Sa mère , dont le carrosse avait dû fuir une foule en colère trouvera la mort en lui donnant le jour , sans avoir eu le temps de se remettre de son effroi.

 

Un contexte historique à la portée symbolique

 

Cette époque violente de la Terreur pendant laquelle se situe l'action prend valeur de symbole.

Elle permet en effet à l'auteur de mettre en scène la peur, thème central de ces Dialogues comme l'indique l'épigraphe - une auto-citation de La Joie - qui ouvre le livre :

" En un sens, voyez-vous, la Peur est tout de même la fille de Dieu, rachetée la nuit du Vendredi Saint. Elle n'est pas belle à voir - non! - tantôt raillée, tantôt maudite, renoncée par tous. Et cependant, ne vous y trompez pas : elle est au chevet de chaque agonie, elle intercède pour l'homme."

C'est bien cette peur de la souffrance et de la mort et cette angoisse métaphysique que chacun doit dépasser pour accomplir son destin d'homme. Et, en cette période troublée, la violence populaire s'invite au coeur d'un monde aristocratique privilégié autrefois préservé et franchit même les grilles du Carmel, acculant chacun à s'affronter soi-même. Plus de fuite, plus de refuge possible, l'homme est seul face à Dieu.

 

Le chemin de croix de Blanche

 

Si chaque religieuse est confrontée au mal et à la souffrance,  à l'orgueil  ou  au  doute, à la peur et à la solitude comme  Jésus au Jardin des Oliviers(5), la novice Blanche de La Force s'avère la plus faible d'entre elles. En proie à une peur maladive et déraisonnée, elle quitte le monde "par dépit" et doute de sa foi.

Les Dialogues des Carmélites sont le récit du chemin de croix de Blanche qui revit la Passion du Christ (6) et arrive à dépasser sa peur, oeuvrant ainsi pour le Salut de l'humanité.

(5) cf Evangile de l'Apôtre Matthieu chapitre 26:

v.39: Et s'étant un peu avancé, il tomba sur sa face, priant et disant: " Mon Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi! Cependant non pas comme je veux, mais comme vous (voulez)! "

(6) Blanche qui a choisi "Soeur Blanche de l'Agonie du Christ" comme nom de Carmélite , termine la scène II du premier tableau en s'exclamant : "C'est qu'il n'y a jamais eu qu'un seul matin, Monsieur le Chevalier : celui de Pâques. Mais chaque nuit où l'on entre est celle de la Très Sainte Agonie..."

 

Un double dialogue

 

Deux dialogues différents semblent se cacher derrière le pluriel du titre.
Ce sont d'abord les dialogues des soeurs qui ponctuent la vie du Carmel, des entretiens, des discussions ou des bavardages dans lesquels les protagonistes principales s'affrontent, exprimant des caractères différents tenant à leur nature et à leur âge, à leur statut et à leur origine sociale, ce qui donne beaucoup de vie au texte et rend ces religieuses d'un autre siècle très proches.

Après l'arrivée de Blanche et la mort difficile de Mme de Croissy - la première Prieure -, qui avait perturbé ce petit monde clos, les Carmélites doivent  faire face aux terribles événements qui secouent le monde extérieur. Et leurs prières (7), leurs  chants communs, acquièrent une importance d'autant plus  manifeste dans cette communauté  visant au Salut universel de l'humanité. Et ces prières  sont des adresses à Dieu dont la réponse est difficile à entendre - dans les deux sens du terme -, chaque religieuse restant bien solitaire  avec Dieu comme seul interlocuteur  ( "Chacun pour Dieu" ). Dialogues avec Dieu qui appartiennent autant  au domaine du regard qu'à celui de la parole .

"Ne pensez qu'à un autre regard auquel vous devez fixer le vôtre" est ainsi la dernière réplique de la pièce, adressée par le prêtre à Mère Marie – la seule Carmélite qui échappera à la guillotine - avant la scène finale de l' exécution où Blanche, la dernière de ses compagnes à monter sur l'échafaud, entonne le Veni creator ...

(7) Ces prières et ses hymnes sont le plus souvent mentionnés dans les didascalies auxquelles il faut accorder une importance particulière dans ce texte qui n'a pas été conçu initialement pour le théâtre.

La simple lecture de cette "pièce" est ainsi , à mon sens, insuffisante . Elle gagnera à être vue à la scène mais aussi - surtout même - entendue et vue à l'opéra dans l'adaptation magistrale qu'en fit Poulenc en 1953 en respectant totalement l'esprit du texte de Bernanos.

 

Un style épuré et puissant aux accents parfois "thérésiens"

 

On éprouve un grand plaisir à la lecture de cette prose théâtrale . Plaisir encore accru pour l' amateur d'opéra qui se voit submergé de musique et d'images (8) ajoutant à l'émotion et au sens.

Bernanos mène une réflexion religieuse austère avec une écriture épurée et poétique, intelligible,  qui frappe avec une grande puissance, malgré un sujet d'abord peu facile. Une langue renforcée par la profonde humanité conférée par la tendresse, la naïveté, l'humilité et la familiarité – dans le recours aux dictons populaires notamment – avec lesquelles s'expriment certaines des Carmélites. Et l'on peut penser que Bernanos a pris en partie modèle sur les écrits de Sainte Thérèse d'Avila, réformatrice du Carmel, auxquels il emprunte la simplicité et la poésie de ses images si concrètes, d'une clarté et d'une pertinence aux vertus didactiques évidentes.

(8) notamment de la sublime mise en scène que fit Robert Carsen des Dialogues des Carmélites de Poulenc pour l'Opéra d'Amsterdam en 2001, qui vient d'être reprise ce mois-ci à l'opéra de Nice ( cf la vidéo du final de cette mise en scène ,dans la production de la Scala, en fin d'article )

 

Une oeuvre d'une grande profondeur spirituelle

 

Catholique fervent, Georges Bernanos s'est toujours intéressé au rapport de l'homme à Dieu et il a fait vivre dans nombre de ses romans des personnages complexes, tourmentés par le mal, la peur et le doute ,en cherchant à pénétrer le mystère de la Grâce.

Ces thèmes gagnent en acuité dans cette dernière oeuvre d'une grande profondeur spirituelle. Une oeuvre écrite par un homme  condamné  par la maladie qui résonne comme une méditation sur la mort et le destin humain et s'achève en une prière demandant à la Vierge son intercession, puis  en  un hymne à la gloire de Dieu (9) (quand Blanche, ayant finalement rejoint Soeur Constance se dirige vers l'échafaud .)

 

(9) Salve Regina, prière catholique :

Salve, Regina, mater misericordiae. Vita, dulcedo et  spes nostra, salve. 

Ad te clamamus, exsules filii Evae. 

Ad te suspiramus, gementes et flentes in hac lacrimarum valle. 

Eia ergo, advocata nostra, illos tuos misericordes oculos ad nos converte. 

Et Jesum, benedictum fructum ventris tui, nobis post hoc exilium ostende.

O clemens, o pia, o dulcis Virgo Maria ! (Amen.)

 

Salut, ô Reine, Mère de Miséricorde, notre vie, notre douceur, et notre espérance, salut. 

Vers vous nous élevons nos cris, pauvres exilés, malheureux enfants d'Eve. 

Vers vous nous soupirons, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes. 

De grâce donc, ô notre Avocate, tournez vers nous vos regards miséricordieux. 

Et, après cet exil, montrez-nous Jésus, le fruit béni de vos entrailles

Ô clémente, ô miséricordieuse, ô douce Vierge Marie.

 

Veni creator, hymne grégorien :

Deo Patri sit gloria,

Et Filio, qui a mortuis

Surrexit, ac Paraclito

In saeculorum saecula.

Amen.

 

Gloire soit à Dieu le Père,

au Fils ressuscité des morts,

à l’Esprit Saint Consolateur,

maintenant et dans tous les siècles.

(...)

Le dialogue des Carmélites, opéra de Francis Poulenc, 1950

(Teatro alla scala, 7 mars 2008, Riccardo Muti , Robert Carsen)

 

Final de l'opéra correspondant à la scène XVII du cinquième tableau qui termine l'oeuvre de Bernanos, une scène  dont le chant du Salve Regina est uniquement décrit dans les didascalies et dont le seul texte est le Veni creator entonné par Blanche...

 

 

 

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Dialogues des Carmélites, Georges Bernanos, éditions du Seuil 1949/1996,  collection Points, 154 p.

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EXTRAITS:

Deuxième tableau, scène I, p.29/31

LA PRIEURE

(...)

Qui vous pousse au Carmel?

BLANCHE

Votre Révérence m'ordonne-t-elle de parler tout à fait franchement?

LA PRIEURE

Oui.

BLANCHE

Hé bien, l'attrait d'une vie héroïque.


LA PRIEURE

L'attrait d'une vie héroïque, ou celui d'une certaine manière de vivre qui vous paraît – bien à tort – rendre l'héroïsme plus facile, le mettre pour ainsi dire à portée de main?...

BLANCHE

Ma Révérende Mère, pardonnez-moi, je n'ai jamais fait de tes calculs.


LA PRIEURE

Les plus dangereux de nos calculs sont ceux que nous appelons des illusions...

BLANCHE

Je puis avoir des illusions. Je ne demanderais pas mieux qu'on m'en dépouille.

LA PRIEURE

Qu'on vous en dépouille... (Elle appuie sur les trois mots.)

Il faudra vous charger seule de ce soin, ma fille. Chacune ici a déjà trop à faire de ses propres illusions. N'allez pas vous imaginer que le premier devoir de notre état soit de nous venir en aide les unes aux autres , afin de nous rendre plus agréables au divin Maître, comme ces jeunes personnes qui échangent leur poudre et leur rouge avant de paraître pour le bal. Notre affaire est de prier , comme l'affaire d'une lampe est d'éclairer. Il ne viendrait à l'idée de personne d'allumer une lampe pour en éclairer une autre. "Chacun pour soi", telle est la loi du monde, et la nôtre lui ressemble un peu : "Chacun pour Dieu!" Pauvre petite! Vous avez rêvé de cette maison comme un enfant craintif, que viennent de mettre au lit les servantes, rêve dans sa chambre obscure à la salle commune, à sa lumière, à sa chaleur. Vous ne savez rien de la solitude où une véritable religieuse est exposée à vivre et à mourir. Car on compte un certain nombre de vraies religieuses, mais bien davantage de médiocres et d'insipides. Allez, allez! Ici comme ailleurs, le mal reste le mal, et pour être faite d'innocents laitages, une crème corrompue ne doit pas moins soulever le coeur qu'une viande avancée...Oh! mon enfant, il n'est pas selon l'esprit du Carmel de s'attendrir, mais je suis vieille et malade, me voilà très près de ma fin, je puis bien m'attendrir sur vous... De grandes épreuves vous attendent , ma fille...

BLANCHE

Qu'importe, si Dieu me donne la force.

Silence.

LA PRIEURE

Ce qu'il veut éprouver en vous n'est pas votre force, mais votre faiblesse...

Silence.

... Les scandales que donne le monde ont ceci de bon qu'ils révoltent les âmes comme la vôtre. Ceux que vous trouverez ici vous décevront. A tout prendre, ma fille, l'état d'une religieuse médiocre me paraît plus déplorable que celui d'un brigand. Le brigand peut se convertir, et ce sera pour lui comme une seconde naissance. La religieuse médiocre, elle, n'a plus à naître, elle est née, elle a manqué sa naissance, et sauf un miracle, elle restera toujours un avorton.

BLANCHE

Oh! ma Mère, je ne voudrais voir ici que le bien...

LA PRIEURE

Qui s'aveugle volontairement sur le prochain, sous prétexte de charité, ne fait souvent rien autre chose que de briser le miroir afin de ne pas se voir dedans. L'infirmité de notre nature veut que ce soit d'abord en autrui que nous découvrions nos propres misères . Prenez garde de vous laisser gagner par je ne sais quelle bienveillance niaise qui amollit le coeur et fausse l'esprit.

Silence.

Ma fille, les bonnes gens se demandent à quoi nous servons, et après tout ils sont bien excusables de se le demander.Nous croyons leur apporter, grâce à nos austérités, la preuve qu'on peut parfaitement se passer de bien des choses qu'ils jugent indispensables. Mais pour que l'exemple fût efficace, il faudrait encore, après tout, qu'ils fussent sûrs que ces choses nous étaient aussi indispensables qu'à eux_mêmes... Non, ma fille, nous ne sommes pas une entreprise de mortification, ou des conservatoires de vertus, nous sommes des maisons de prière, la prière justifie seule notre existence, qui ne croit pas à la prière ne peut nous tenir que pour des imposteurs ou des parasites. Si nous le disions plus franchement aux impies, nous nous ferions mieux comprendre. Ne sont-ils pas forcés de reconnaître que la croyance en Dieu est un fait universel? N'est-ce pas une contradiction bien étrange que les hommes puissent tous ensemble croire en Dieu, et le prier si peu et si mal ? Ils ne lui font guère que l'honneur de le craindre. Si la croyance en Dieu est universelle, ne faut-il pas qu'il en soit autant de la prière ? Hé bien, ma fille, Dieu a voulu qu'il en soit ainsi, non pas en faisant d'elle, aux dépens de notre liberté, un besoin aussi impérieux que la faim ou la soif, mais en permettant que nous puissions prier les uns à la place des autres . Ainsi chaque prière, fusse-t-elle celle d'un petit pâtre qui garde ses bêtes, c'est la prière du genre humain.

(...)

 

Scène VIII,  p.47

(...)

LA PRIEURE

Oh, il y a bien des sortes de pauvreté, jusqu'à la plus misérable, et c'est de celle-là que vous serez rassasiée...

Silence.

Mon enfant, quoi qu'il advienne ne sortez pas de la smplicité. A lire nos bons livres, on pourrait croire que Dieu éprouve les Saints comme un forgeron une barre de fer pour en mesurer la force. Il arrive pourtant aussi qu'un tanneur éprouve entre ses paumes une peau de daim pour en apprécier la souplesse. Oh! Ma fille! Soyez toujours cette chose douce et maniable entre ses mains! Les Saints ne se raidissaient pas contre les tentations, ils ne se révoltaient pas contre eux-mêmes, la révolte est toujours une chose du diable, et surtout ne vous méprisez jamais! Il est très difficile de se mépriser sans offenser Dieu en nous. Sur ce point-là aussi nous devons bien nous garder de prendre à la lettre certains propos des saints, le  mépris de vous-même vous conduirait tout droit au désespoir, souvenez-vous de ces paroles, bien qu'elles vous paraissent maintenant obscures. Et pour tout résumer d'un mot qui ne se trouve plus jamais sur nos lèvres, bien que nos coeurs ne l'aient pas renié, en quelque conjoncture que ce soit, pensez que votre honneur est à la garde de Dieu. Dieu a pris votre honneur en charge, et il est plus en sûreté entre ses mains qu'entre les vôtres (...)

 

Troisième tableau , scène I, p.56/57

(...)

BLANCHE

Vous croyez toujours que Dieu fera selon votre bon palisir!

CONSTANCE

Pourquoi pas ? Que voulez-vous, Soeur Blanche, chacun se fait de Dieu l'image qu'il peut, à quoi bon discuter là-dessus? Il y a même des gens qui ont le malheur de ne pas croire en Lui, je les plains de tout mon coeur, mais j'ose à peine vous dire ...


BLANCHE

Vous finirez par le dire quand même, Soeur Constance... dites-le tout de suite.


CONSTANCE

Hé bien, il me semble parfois qu'il est moins triste de ne pas croire en Dieu du tout que de croire en un Dieu mécanicien, géomètre et physicien. Les astronomes ont beau faire. Je crois que la Création ressemble à une mécanique comme un vrai canard ressemble de loin au canard de Vaucanson *. Mais le monde n'est pas une mécanique non plus que le bon Dieu un mécanicien, ni d'ailleurs un maître d'école avec sa férule, ou un juge avec sa balance. Sinon, nous devrions croire qu'au jour du Jugement, le Seigneur prendra conseil de ce qu'on appelle les gens sérieux, pondérés, calculateurs. C'est une idée folle, Soeur Blanche! Vous savez bien que cette sorte de gens ont toujours tenu les saints pour des fous, et les saints sont les vrais amis et conseillers de Dieu... Alors...

BLANCHE

Alors?

CONSTANCE

Alors, dans mon idée, n'en déplaise aux gens sérieux, Dieu est parfaitement capable de faire nommer Mère Marie, seulement pour faire plaisir à un pauvre petit ver de terre comme moi. Ce serait une folie sans doute, mais il en a fait une bien plus grande en mourant pour nous sur la Croix!

BLANCHE

J'aime autant penser que Mère Marie sera élue parce qu'elle est digne de l'être.


CONSTANCE

Oh! J'ai beau être jeune, je sais bien déjà qu'heurs et malheurs ont plutôt l'air tirés au sort que logiquement répartis! Mais, ce que nous appelons hasard, c'est peut-être la logique de Dieu? Pensez à la mort de notre chère Mère, Soeur Blanche! Qui aurait pu croire qu'elle aurait tant de peine à mourir, qu'elle saurait si mal mourir! On dirait qu'au moment de la lui donner, le bon Dieu s'est trompé de mort, comme au vestiaire on vous donne un habit pour un autre. Oui, ça devait être la mort d'une autre, une mort pas à la mesure de notre Prieure, une mort trop petite pour elle, elle ne pouvait pas seulement réussir à enfiler les manches...


BLANCHE

La mort d'une autre, qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire, Soeur Constance?

CONSTANCE

Ca veut dire que cette autre, lorsque viendra l'heure de la mort, s'étonnera d'y entrer si facilement, et de s'y sentir confortable... Peut-être même qu'elle en tirera gloire : « Voyez comme je suis à l'aise dedans, comme ce vêtement fait de beaux plis ... »

Silence.

On ne meurt pas chacun pour soi, mais les uns pour les autres, ou même les uns à la place des autres, qui sait ?

Silence

(...)

* http://www.francoisjunod.com/automates/eightennth/im_vaucanson/canard.htm

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Publié dans Théâtre

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Michel-Louis Loncin 22/03/2017 08:29

La scène finale est extrêmement difficile à "mettre en scène" ... Je me souviens du pathétisme extrême et de la simplicité du film de Philippe Agostini et Léopold Bruckberger, quand les Sœurs montent, une à une à l'échafaud en chantant le "Veni Creator Spiritus" ... Extase de l'agonie de saintes qui sont "DEJA" dans l'Au-delà avant même que le couperet de la guillotine n'ait aboli leur vie humaine ...
Quoiqu'il en soit, la musique de Poulenc est déchirante et le "Salve Regina" ne peut manquer de faire monter les larmes aux yeux ...

Bruno 02/02/2017 21:45

Salut j'adore cette pièce de théâtre

roland 27/10/2010 21:22



0ui, il est bien agréable de pouvoir lire ce texte et de la nourrir des images et des émotions éprouvées durant la représentation  à l'Opéra. Un beau texte, qui, comme tel, touche, par delà
la  différence entre les adeptesde la Foi ou de l'athéisme.