Rencontre avec Srdjan Valjarevic (Romans, 25/05/11)

Publié le par Emmanuelle Caminade

Srdjan-valjarevic.jpg

L'écrivain serbe Srdjan Valjarevic était l'invité de la Librairie Les Cordeliers (1) pour une séance de dédicace suivie d'un débat sur son roman Côme paru en janvier dernier chez Actes Sud . Il était accompagné de son traducteur – et éditeur du domaine serbe chez Actes Sud - Aleksandar Grujicic.

 

J'avais consulté la présentation enthousiaste (2) de ce roman par les libraires des Cordeliers qui faisait notamment référence à Robert Walser  et je brûlais d'envie de lire ce livre , d'autant plus que l'action – ou plutôt la non-action ! - se déroule sur les bords du lac de Côme, mais ma PAL (3) étant déjà bien haute je ne m'étais pas précipitée.

Aussi , quand je fus informée de cette rencontre une dizaine de jours auparavant , me trouvai-je prise de court. Heureusement, j'avais pu lire les quatre premières pages du roman proposées par l'éditeur sur son site (4), quatre pages qui avaient déjà fait vagabonder mon esprit ...

 

1) Un lieu convivial animé par deux jeunes libraires dynamiques et passionnés qui ont repris il y a presque 2 ans une librairie de la vieille ville : link

2) http://librairielescordeliers.hautetfort.com/

3) Pile A Lire, pour les non-initiés ...

4) http://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature-etrangere/come

 


 

Rencontre-a-Romans.JPGAleksandar Grujicic, à gauche , et Sdrjan Valjarevic


 

Il y avait foule à la librairie pour cette séance de dédicaces , la seule donnée en France par Sdrjan Valjarevic (prononcer "Serdgiann Valiarevitch"). Plutôt que de faire dédicacer mon exemplaire, je préférai poser quelques questions à l'auteur, via son interprète.
Il me confirma la grande importance qu'avait pour lui l'écrivain suisse Robert Walser (5) et me dit bien connaître les lieux où se déroule son roman. Le héros en étant un jeune auteur serbe quelque peu alcoolique ayant reçu une bourse pour résider un mois sur les bords du lac de Côme, je lui demandai si son livre était en partie autobiographique : "Seuls de rares éléments ne le sont pas", me répondit l'auteur qui n'a en fait changé que les noms propres ...

La rencontre qui suivit réunit près de 25 personnes (6) , les questions furent nombreuses et le débat des plus intéressant, malgré quelques déperditions dues à la lourdeur imposée par la traduction.



La genèse du roman



L'auteur, ayant résidé 30 jours – autant que de chapitres – sur les hauteurs de Bellagio prenait des notes chaque jour, mais sans intention précise. Ce n'est que cinq ans après – alors qu'il avait arrêté de boire – que la fascination pour la beauté du lieu et les rencontres qu'il y avait faites persistant, il eut l'idée de reprendre ces notes oubliées et d'en travailler l'écriture pour en faire un roman.

Une personne du public s'étonna qu'il ne soit pas fait mention sur le livre de son caractère autobiographique. Aleksandar Grujicic avoua que, bien que connaissant l'auteur depuis de longues années , il n'avait pas osé lui poser la question. Il n'y a que des lecteurs comme moi pour manquer à ce point de délicatesse !



De la Serbie à la sagesse en passant par le lac de Côme



Srdjan Valjarevic vit à Belgrade en Serbie, un "petit pays pauvre qui s'appauvrit" dont la population se divise en deux groupes. Trop de partisans de l'isolement face à ceux de l'ouverture pour cet auteur qui déplore l'enfermement de son pays.

La Serbie est peu abordée dans ce livre où elle semble néanmoins très présente fit remarquer le libraire qui animait le débat.

Même si beaucoup dans le public ont ressenti une certaine nostalgie, l'auteur s'en défend. Il est né et a grandi en Yougoslavie, un pays qui le constitue et dont il porte les valeurs , c'est tout. Et son roman qui a eu un grand écho en Serbie a touché également les lecteurs de Croatie ( où a d'ailleurs été édité son livre).

"La sagesse , c'est la Serbie  qui me l'a apprise" dit à un moment Srdjan Valjarevic, répondant à un intervenant. La Serbie, certes,  mais dans son dialogue avec le lac, se précisera-t-il par la suite .

Il faut savoir  que ce séjour en Italie eut lieu en 1998, une période très sombre pour son pays. Sans doute cela explique-t-il ce choc ressenti par l'auteur à son arrivée, un changement d'ambiance radical : d'un côté des conflits dramatiques, de l'autre la beauté fascinante du lac de Côme.

J'avais été frappée dans les quelques pages que j'avais lues par une formule magnifique du héros disant aimer "se laisser surprendre par la vie"   qui me semblait annoncer toute une philosophie de la vie : ouverture aux mondes inconnus,  à l'autre, et sans doute également recherche de soi. Aussi lui demandai-je si ce roman était bien, comme il me semblait l'entrevoir,  un roman initiatique .

"Da, da ..." Entre ces deux extrêmes, se fait en effet jour "une sorte d'initiation" , une ouverture d'esprit conduisant à la sagesse qui relativise tous les conflits , en Italie comme en Serbie, qui "adoucit tous ces changements dramatiques" . Cette parenthèse de Côme , "ce temps et cet espace isolés" , ce temps ouvert, sans projets, lui a fait réaliser combien il s'était "renfermé devant les possibles" ...



Un écrivain plus "Walserien" qu'engagé...

 


D'abord, l'auteur dit ne pas savoir ce qu'est "être un écrivain".

Son regard introduit une distance , qu'il se porte sur lui-même – rarement - ou sur les autres. Et c'est cette "distance comique" qui lui permet d'aborder les gens les plus divers de la même façon.

Ses opinions politiques ne l'intéressent pas, il ne cherche nullement à "extrapoler" certains épisodes vécus en Italie à la Serbie, il regarde seulement les autres et les paysages, "concentre toute son attention sur les détails" qui lui semblent bien plus révélateurs. Tout ce qu'il voit mérite description et il ne se positionne jamais par rapport aux faits décrits en tant qu'écrivain.

Curiosité et innocence du regard , propension à aimer se mouvoir dans les petites choses quotidiennes, à en saisir la poésie... Comment ne pas faire un parallèle avec son écrivain fétiche ?


L'errance d'un poète

 


Un livre qui apparaît à l'animateur et à bien des personnes du public comme une errance très poétique - Srdjan Valjarevic a déjà publié de la poésie d'ailleurs .

Il y a bien un souci d'écriture poétique de sa part , du moins l'auteur a-t-il "cherché une voix, une mélodie à installer". "J'ai voulu prendre le lecteur par la main et lui murmurer des choses", dira-t-il très joliment.

Et ce sont bien ces aspects qui ont posé le plus de difficulté au traducteur : traduire ce qui est murmuré, difficilement palpable, et tenter de rendre cette mélodie .

Tâche visiblement réussie aux dires de toutes les personnes présentes ayant lu le livre ...



Et après ?


Aleksandar Grujicic traduit actuellement un autre livre de Srdjan Valjarevic, Le journal d'hiver (7), qui sera sans doute publié en 2012. Un livre  mêlant journal et poésie couvrant 4 mois passés à l'hôpital par un héros paralysé des jambes ...

 


5) http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Walser_%28%C3%A9crivain%29

 

6) Un beau succès venant couronner les efforts des deux libraires depuis janvier pour faire partager à leurs clients leur coup de coeur

 

7) C'est en fait la suite de Côme, publiée pourtant  avant, l'histoire de la convalescence du narrateur : link

 







Publié dans Interview - rencontre

Commenter cet article

nadejda 04/06/2011 21:43



J'ai lu le beau livre de Sdrjan Valjarevic après avoir lu votre compte rendu de cette belle rencontre et j'ai passé un très bon moment grâce à vous. J'attends avec impatience la parution du
Journal d'hiver. 



Emmanuelle Caminade 05/06/2011 16:30



Merci de votre commentaire. Pour ma part, je n'ai pas eu encore le temps de le lire étant un peu débordée en ce moment et ce sera sans doute pour les vacances...