"Anne F.", de Hafid Aggoune

Publié le par Emmanuelle Caminade

Hafid Aggoune s'est affirmé comme écrivain avec la publication en 2004 d'un premier roman nourri d'un journal intime tenu durant sept ans, Les Avenirs, dont la beauté du style poétique fut largement saluée par la critique. Relié aussi à la shoah, il abordait déjà les thèmes de l'enfermement et de la mémoire, du désespoir et de la renaissance. Suivirent deux magnifiques fugues oniriques (1) sur les traces de Rimbaud puis de David Lynch qui permirent à leur héros de s'émanciper par la lecture et d'amorcer une rédemption par l'écriture. Et enfin un très court roman, Rêve 78 (J. Lösfeld 2009), rendant hommage à la mère de l'auteur en partant d'une photographie d'enfance. (On ne comptabilisera pas un roman numérique (2) se déroulant au Brésil écrit trop rapidement à l'occasion de la coupe du monde de football).

Anne F., son cinquième roman sorti pour la rentrée littéraire de l'automne 2015, s'inscrit dans la collection Miroir des éditions Plon qui invitent des écrivains de talent à "réinventer la vie de grandes figures de l'Histoire"(3) pour "mieux les comprendre" et "apprendre à les aimer" dans leur "nouvelle vie de personnages de romans".

Le choix d'Anne Frank laisse alors perplexe car, outre la brièveté de sa vie, son Journal, best seller international qui fit de cette jeune et touchante personnalité une victime emblématique de la shoah, semble suffire à la faire comprendre et aimer des très nombreux lecteurs qui la lisent encore dans le monde entier. Il n'y avait donc pas à mon sens vraiment matière à un livre, à moins d'en décaler, d'en détourner un peu le sujet, ce que fait - peut-être inconsciemment – l'auteur dont je ne mets aucunement en doute la sincérité de l'admiration pour cette héroïne avec laquelle il entretient manifestement de profondes affinités.

       

 

Anne F. offre en effet à Hafid Aggoune, qui y reprend les thèmes de ses précédents romans en continuant de creuser ce sillon autobiographique qui nourrit toute son écriture, l'occasion de plonger à nouveau dans ses souvenirs d'enfance et d'adolescence mais aussi dans sa vie de jeune adulte pour aller plus loin vers soi, vers sa compréhension de l'autre et du monde qui l'entoure. Et ce livre miroir nous renvoie moins le reflet fictionnel de cette enfant à peine adolescente, morte du typhus à quinze ans à Bergen-Belsen, que celui d'un héros narrateur ressemblant en grande partie à l'auteur. Un héros qui va de plus porter ces inquiétudes de notre société sur la jeunesse d'aujourd'hui et sur la violence du monde actuel qu'il désire transcender.

Anne Frank s'avère ainsi la «petite soeur d'écriture» dans laquelle se réfléchit l'enfant solitaire, bouillonnant de vie mais enfermé en lui-même, qu'était semble-t-il Hafid Aggoune avant d'être sauvé par la lecture et de renaître par l'écriture. Certes l'auteur retrace la vie de ce personnage incarnant toutes les qualités humaines, et dont il fait un portrait dithyrambique, mais sans apporter grand chose de nouveau par rapport à son Journal. Et s'il ne réinvente pas sa vie, il la prolonge par contre curieusement après sa mort, imaginant avec l'humble et enthousiaste candeur d'un «jeune écrivain», «la grande Anne Frank, survivante des camps, distinguée par les prix Nobel de littérature et de la paix la même année, à quatre-vingt six ans» qu'elle serait devenue !

 

1) Quelle nuit sommes-nous ? (2005) et Premières heures au paradis (2008) aux éditions Farrago désormais disparues

2) Et la colère monta dans un ciel rouge et noir, Storylab 2014

3 ) En fait de "grandes figures de l'Histoire", il s'agit plutôt de personnalités fortement médiatisées appartenant en général au domaine de la culture comme Colette, Rudolph Noureev, Andy Warhol, John Lenon ou Jim Morisson, et même curieusement Lolo Ferrari (un sujet pourtant déjà brillamment servi auparavant par Carole Zalberg dans Mort et vie de Lili Riviera)

Une intrigue peu crédible

 

De cette ambiguïté de départ résulte sans doute le côté assez artificiel et peu crédible de l'intrigue imaginée par Hafid Aggoune pour tenter de rattacher son héroïne à notre époque et à sa propre vie.

Un jeune écrivain et professeur de Français, très attaché à la transmission des beautés de la culture - et notamment de la littérature - et des valeurs d'ouverture et d'amour des autres qui vous font croire en la vie, est au bord du suicide car il a échoué dans sa belle mission. Un de ses anciens élèves a en effet commis un attentat lors du marathon de Paris dans lequel (double coïncidence !) son propre père a été blessé... Le jeune Jahrel porteur de mort et de désespérance s'affirme ainsi comme une sorte de négatif d'Anne Frank, si pleine de vie et d'espoir en une période de ténèbres. Une période noire au contexte peu comparable même si l'auteur dans une belle formule établit initialement une similitude entre les deux («Ton époque et la mienne sont deux soeurs de larmes »).

Et pour renforcer le lien non évident entre les deux personnages, l'auteur imagine un épisode peu convaincant : le professeur est en effet rongé de honte et de culpabilité car il avait auparavant demandé - et obtenu immédiatement sans problème (!!)- l'exclusion définitive du lycée de son élève, au seul motif qu'il avait commencé à mettre feu au Journal d'Anne Frank (justement !), livre pour lui capital qu'il faisait étudier dans sa classe...

En deux phrases laconiques qui ne seront jamais explicitées, on apprend par ailleurs que ce professeur désemparé est seul :

«Après l'attentat, Nathalie s'est éloignée de moi. Elle vit chez son père depuis une semaine» : quid alors de ce Grand Amour qui sera exalté par la suite, du moins de la part de la belle ? L'auteur qui pourtant introduit ce personnage pour l'évoquer, là encore, fait fi de la vraisemblance car il a aussi impérativement besoin que son héros se retrouve seul pour se confier à Anne Frank dans une lettre durant cette longue nuit décisive où il s'apprête à mettre fin à ses jours...

 

De la lettre au dialogue, au partage

 

Comme toutes les renaissances des héros "aggouniens", celle-ci ne peut passer que par l'écriture qui donne le recul pour surmonter les épreuves. Et ce roman-lettre à la première personne rappelle fortement Premières heures au paradis, notamment par la fréquence du "tu" rétablissant - ou ici établissant - un dialogue impossible dans la réalité. Une deuxième personne qui dépasse la simple adresse et s'avère glissement empathique et compassionnel du "je" dans le "tu".

Le monologue introspectif du héros narrateur devient ainsi échange et partage fraternel. Le narrateur s'identifie sans cesse à cette héroïne (cf notamment la grande récurrence des «comme toi, je»...) qui partage de nombreux points communs avec l'auteur (4). Il la prend à témoin de cette époque dans laquelle il vit :

«Si tu voyais le monde d'aujourd'hui, tu serais effarée par la place accordée à la haine ».

Il l'interpelle, se désolant de l'amour qu'elle n'aura pas pu connaître et de tous ces grands livres qu'elle n'aura pu découvrir comme lui, ou déplorant qu'elle n'ait pas eu le temps de se réconcilier avec sa mère et de comprendre son amour comme il a pu le faire, lui, avec son marathonien de père. Et il va même jusqu'à l'informer de la longue vie d'Otto Frank, père pour lui sauvé par les mots du Journal de sa fille, tant il semble vouloir apporter un baume consolateur compensant la brièveté d'une vie si prometteuse !

Et écrire à Anne Frank, cette confidente idéale, lui insuffle en retour toute la force de l'héroïne qui le libérera de son désespoir et le fera croire à nouveau en la vie.

4) «En te lisant, je me retrouve à ton âge, au lendemain de cette fugue» (cf ces données autobiographiques déjà exploitées dans les précédents romans de l'auteur et souvent relatées lors de rencontres ou d'interviews)

 

Un bel hommage au père 

 

Anne F. semble avant tout un hommage au père, qui n'est pas sans évoquer l'hommage posthume d'Ahmed Kalouaz à son propre père dans son beau livre Avec tes mains :

«Avec le temps, j'ai fini par me dire que certains pères n'ont rien d'autre que leurs mains et leur bonne volonté, surtout ces pères-là, ceux qui ont été battus, rabaissés, ceux qui se sont construits sur des décombres ou du vide, ceux qui ont fait comme ils ont pu avec ce qu'ils avaient, avec ce qu'ils savaient.»

Car s'il est une personnalité réinventée par ce roman avec ce recul fictionnel permettant de mieux comprendre et aimer, c'est bien moins Anne Frank que le propre père du héros narrateur – et semble-t-il de l'auteur. Et il faut sans doute comprendre la forte présence de la figure d'Otto Frank essentiellement en rapport à ce père : deux pères que tout sépare mais que leur profond amour - chacun à leur manière et avec leurs propres moyens - réunit.

 

Anne F. viendrait ainsi réparer un oubli et compléter Rêve 78  comme un deuxième volet :

«Longtemps, en évoquant mon exil algérien, sans m'en rendre compte, j'ai dit loin de ma mère; longtemps j'ai oublié d'ajouter et loin de mon père, comme si cette souffrance-là n'avait pas existé, occultée, effacée par le manque, plus déchirant, de ma mère.»

D'ailleurs cette vieille photo représentant le père du héros narrateur avec ses deux jeunes fils, «ce père et ses deux fils figés dans le temps d'une image» qu'il cache comme un talisman derrière son dossard de coureur, répond sans conteste à la photo du jeune Hafid Aggoune et de sa mère, point de départ de ce court roman :

«Rien n'est plus vertigineux qu'une photo d'enfance, s'y miroiter devant l'être qu'on ne sera plus et qui sommeille en nous revient à tenter de voir un fantôme en plein jour.»

Et ce bel hommage, même s'il m'apparaît surprenant dans un roman consacré à Anne Frank, est pour moi l'aspect intéressant de ce livre car, avec beaucoup de finesse, l'auteur y explore sa relation à son père dans toute sa complexité. Une complexité qui fait trop souvent défaut ailleurs, et particulièrement dans son approche un brin simpliste de la radicalisation de Jahrel et des moyens qui auraient pu l'éviter ou, surtout,  dans tous ces propos bien-pensants édifiants sur la mission d'enseignant ou l'idéal républicain qu'il réitère avec insistance.

 

Une écriture parfois défaillante

 

Malgré quelques très beaux passages et surtout de magnifiques formules (cf notamment les extraits suivant l'article), on ne retrouve pas en effet la pureté et la subtilité habituelle du style poétique d'Hafid Aggoune qui abandonne trop souvent, et étonnamment, son registre poétique, littéraire, pour celui de dépliants touristiques (5) ou de documents sociologiques et pédagogiques (6), et s'adonne à des professions de foi relevant plus du tract électoral (7).

On est dérangé dans sa lecture par des maladresses qui dépassent les assez nombreux clichés ou les inévitables coquilles échappant au correcteur, et ne relèvent pas uniquement de l'appréciation subjective. Une lecture qui patine trop souvent sur des répétitions injustifiées et qui bute régulièrement sur des phrases obscures et bancales, lourdes et ampoulées (8), l'omniprésence de ces énumérations - qui semblent vraiment devenir un tic d'écriture (cf les notes 5) à 7)) - n'arrangeant pas les choses. Et on ne peut excuser cet emploi erroné de «deux alternatives» qui, trônant en toute visibilité en début de section dans un paragraphe mis en valeur par des blancs (p. 101), ne pouvait échapper à la vigilance d'une relecture sérieuse.

Aussi est-on en droit de se demander si cet écrivain passionné par le travail de la langue, qui a prouvé à plusieurs reprises son talent et se montre habituellement exigeant, n'a pas écrit un peu vite ce roman, et surtout s'il a été bien secondé par son éditeur.

 

Bien sûr, outre la charge émotive inhérente au destin de sa jeune et attachante protagoniste, ce livre est touchant du fait des belles convictions humanistes de son auteur qui, avec une louable intention, prêche l'amour et la tolérance, l'ouverture et la fraternité, et chante sa croyance en la lecture salvatrice, exaltant le beau métier d'écrivain et d'enseignant. Mais il n'aide pas toujours à penser le monde dans sa complexité, ses propos virant parfois au catéchisme républicain. Et, à fortiori quand on aime l'écriture poétique de cet écrivain, on ne peut cacher sa déception face aux trop nombreuses défaillances stylistiques de cet ouvrage où se côtoient le pire et le meilleur.

 

5) «J'ai grandi dans l'amour, celui, visible, entre mon père et ma mère, celui de mon père pour la France, sa culture, sa qualité de vie, ses rivières, ses montagnes, son littoral, ses parcs régionaux, son histoire.»

6) «Je voulais donner confiance à mes élèves, apporter un nouveau souffle à des histoires brisées par des drames familiaux : illettrisme des parents, analphabétisme, alcool, divorce, inceste, viol, précarité, malnutrition, drogue, abandon, indifférence, mépris, racisme

Ou : «J'en étais convaincu : plus que tout autre, la jeunesse de notre époque devait consacrer du temps à la lecture, pour contrebalancer la profusion de divertissements, de propositions visuelles (jeux vidéos, séries, films) sur un panel de supports envahissants, et développer l'esprit, sa capacité à saisir l'essence des choses, à analyser, à synthétiser, à exprimer les idées et les sentiments, à ralentir le temps, à s'immobiliser, à laisser les idées aller loin comme un sédiment fondateur, des minéraux nourriciers. »

 

7) «Je rassemblerai d'autres âmes pleines de bonne volonté et lutterai contre la haine vampirique, défendrai les valeurs de notre République et avant tout l'amour entre les êtres, la chute des murs entre les confessions, le dialogue, l'ouverture d'esprit, la connaissance de l'Autre, la confiance pleine et aveugle en notre héritage culturel et intellectuel commun, bâti de voix multiples et d'horizons divers, lutterai pour l'abolition de l'acculturation d'une grande part de la population, la fin des frontières économiques, sociales, culturelles.»

8) «Mais vers qui pleurer ce manque, puisque pleurer peut apporter un tel soulagement, si seulement il y a quelqu'un auprès de qui on peut pleurer et en dépit de tout, en dépit de tes théories et de tes efforts, il te manque chaque jour et à chaque instant la mère qui te comprendrait.»

Ou : «Quinze ans, l'âge de toutes les promesses, l'aube d'une nouvelle personne, le soleil d'une aube enflée par des rayons prêts à s'étendre sur les peaux offertes à l'amour, à la curiosité, aux découvertes .»

Anne F., Hafid Aggoune, Plon, septembre 2015, 150 p., 15,90 €

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A propos de l'auteur :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Hafid_Aggoune

 

EXTRAITS :

p.11/12

 

Chère Anne,

C'est le coeur lourd que je t'écris.

J'ai longtemps fixé la fenêtre ouverte, décidé à en finir avant le lever du jour.

Tandis que mes doigts effleuraient sans but les tranches de mes livres, ouvrant et fermant au hasard ces petits univers clos et infinis qui m'ont tant nourri, ton nom est apparu et j'ai oublié ma résolution.

J'ai relu ton Journal, à mon âge, quarante ans passés, chose que je n'aurais pas imaginée. Peu d'adultes te relisent - ils devraient pourtant.

En te redécouvrant au fil des pages, l'envie de t'écrire a été plus forte que tout.

Tes mots ont repoussé la honte et la culpabilité qui m'ont envahi ces derniers jours, deux poisons s'insinuant en moi, jusqu'au dégoût de vivre.
Avant que le soleil ne se lève, c'est vers toi qu'iront mes pensées.

La première fois que je t'ai lue j'avais quinze ans, mais le souvenir est vif, celui de ton unique oeuvre, bouleversante et universelle, petit bout de vie déposé sur du papier traversant les époques et les frontières.

Quinze ans, cet âge que tu auras pour l'éternité.
Je ne t'ai pas trouvée changée, toujours alerte, l'esprit agile, poignante, perspicace, joyeuse, touchante, étonnante, précoce dans ton regard, ta compréhension des êtres et ton analyse des choses de la vie, le peu que tu en auras connu.

Ton époque et la mienne sont deux soeurs de larmes.

Est-ce qu'il pleut des gouttes d'espoir sur les ténèbres ?

 

(...)

p. 25/26

 

Deux portraits de toi me hantent l'esprit.
Sur le premier, tu as onze ans, et de celui-ci tu dis, le 18 octobre 1942, que c'est telle que tu aimerais toujours être; ainsi, tu aurais peut-être une chance d'aller à Hollywood, mais malheureusement en général, dis-tu, tu étais très différente.

A ton âge, tu avais conscience que l'être change, que l'image n'est pas immuable, que même la perception que l'on a de soi peut varier, nous échapper.

Ce qui me frappe, sur cette photo, c'est que tu ne sembles pas fixer quelqu'un, ni le vide, mais très loin dans l'espace et le temps, comme si tu t'accrochais à quelque chose qui échappe au réel. Tes yeux sont levés comme si tu te regardais toi-même, plus tard, adulte. J'ai l'impression que tu vois un mirage. Tu es absorbée par un rêve, comme si tu étais en face de ton désir le plus profond : l'avenir.

Sans doute est-ce l'image que l'on aimerait garder de soi, l'oeil fixé sur ce que l'on désire le plus, vérité visible de ce qui nous anime à l'intérieur, figée dans le temps, chose impossible et qui arrive pourtant à exister sur papier glacé.

(...)

p. 35/36

(...)

A ton âge, j'ai manqué d'un père tel que mes rêves me le dessinaient. Pourtant, aujourd'hui, je sais que l'amour prend des formes différentes. Quelquefois, tout en puisant leur source en lui, les mots, les gestes, les attentions n'ont pas le visage de l'amour et on ne les perçoit pas comme de l'amour.

Silences, reproches, indifférence, autant de petits cataclysmes, autant d'émotions lentes et destructrices.
On ressent une distance, un fossé parfois, et le coeur en est blessé, la solitude creusée, la vie devient amertume et désarroi.

Où vont les larmes des hommes qui ne pleurent pas ? Meurent-elles en eux ou pourrissent-elles avant de revenir, muées en aigreur, en cynisme, en haine, et de s'étendre sur le monde comme une nuée d'insectes dévorant tout sur leur passage ?

On pleure en silence et on s'écrit en espérant que quelqu'un nous entende comme on crierait dans un désert, espoir et désespoir mêlés emportés par les vents du destin.

Anne, tu as si peu goûté à l'amour. Tu n'as pu que l'effleurer ou le regarder au loin passer comme ces nuages qui couraient au-dessus de l'Annexe, comme ces nuées d'oiseaux qui égayaient tes instants les plus beaux.

(...)

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Publié dans Fiction

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